HD ready-bitoire

2006-05-21 09:42:50, par Hyacinthe MENIET - [Informatique]

J'étais à la FNAC il y a quelques jours et j'ai été frappé par la quantité de produits « HD quelque_chose ». Sur le moment cela ne m'a pas vraiment interpellé. J'ai bien-sûr constaté l'offensive « Haute Définition » menée par les ténors de l'électronique grand public que sont Sony, Microsoft, Toshiba et consort. Plus franco-français, j'ai remarqué que Free et Neuf Cegetel préparaient des Box HD. Je sais également que TF1 diffusera les contenus du Mondial 2006 en haute définition. Attention, les rencontres en HD seront diffusées sur TPS via le satellite et cela ne concerne que les 10.000 abonnés qui disposent d'un décodeur compatible Mpeg-4, le format de diffusion de la haute définition. De mon point de vue, rien de nouveau sous le soleil, ils font leur métier : nous donner envie de nous re-équiper en téléviseur et produits associés. A nous de faire le notre : n'acheter que quand nous en avons besoin et uniquement ce dont nous avons besoin. Ce qui m'agace dans cette déferlante commerciale, c'est qu'on se contente d'exposer les aspects séduisants de la technologie en occultant la part d'ombre. Comme d'habitude !

Pour nous vendre la HD, ces grandes marques nous promettent une image de meilleure qualité et une connexion simplifiée qui acheminera à la fois le son et l'image. Une sorte de prise péritel pour la haute définition.

Commençons par la partie joyeuse, l'image de meilleure qualité. Une image sur un téléviseur est constituée de points disposés sur des lignes. Les images sont rafraîchies suivant deux techniques. Lorsque votre téléviseur rafraîchi d'abord les lignes paires puis les impaires on dit qu'il fonctionne de manière entrelacée (interleaved en anglais), lorsqu'il rafraîchi l'image en entier on dit que son affichage est progressif (progressive en anglais). Concrètement, à 50Hz en mode entrelacé, votre écran affiche 25 images par seconde contre 50 en mode progressif. A titre indicatif, un téléviseur PAL/SECAM même s'il vous a coûté très cher, affiche 720 points sur chacune des 576 lignes qui le composent, le tout en mode entrelacé. Un téléviseur « HD Ready », propose une image avec plus de piqué. D'abord parce qu'il affiche plus de points sur plus de lignes : au minimum 1280 points sur 720 lignes. Mais aussi parce qu'à cette résolution, les images défileront de manière progressive, c'est le format 720p. Il existe aussi le « Full HD », c'est le format 1080i, vous avez plus de points (1920) sur plus de lignes (1080) mais votre téléviseur fonctionne en mode entrelacé.

Abordons maintenant le sujet qui me fâche, la connexion simplifiée : HDMI (« High Definition Media Interface » ou interface média haute définition). C'est par ce câble que transitent les signaux audio et vidéo sans compression ni perte d'information. Le cahier des charges qui a mené à l'élaboration de cette nouvelle prise était très précis. En effet, tous ceux qui ont un écran LCD savent qu'il est possible de transporter un signal numérique inaltéré directement depuis la source jusqu'au téléviseur grâce à une prise DVI. Le problème est que les prises DVI n'empêchent pas le piratage. C'est pourquoi, les majors de l'industrie cinématographique ont imposé l'utilisation d'un cryptage des données vidéo transitant par le HDMI, afin d'éviter le piratage des contenus vidéo numériques non compressés : le HDCP (« High Bandwidth Digital Content Protection »).

Je ne suis pas un ayatollah anti-major, ils font ce qu'ils veulent avec leurs produits, je me sens libre de ne pas les acheter quand ils ne me conviennent pas. Néanmoins, je me demande si nous ne basculons pas dans un système totalitaire à la sauce numérique. Mes craintes tiennent en deux points :

Avec la gestion des DRM telle qu'elle est implémentée dans les prises HDMI, un téléviseur HD n'affichera correctement du contenu HD que si ce dernier contient des DRM. Cela signifie que mon téléviseur « Full HD » peut m'empêcher de visionner mon dernier film de vacances, juste parce que ce dernier a été tourné en HD mais sans DRM ou sauvegardé dans un format qui ne supporte pas les DRM.

Ensuite en tant que consommateur averti je peux décider de ne pas m'équiper en produits HD. Se faisant, je suis conscient de me priver du but de Zinédine Zidane en final de la coupe du monde 2006 en HD, en contrepartie cela me permet de garder le contrôle sur mes périphériques. Problème, tous les utilisateurs ne sont pas avertis et peuvent céder aux sirènes de la HD. Il est même probable que la proportion de consommateurs « Full HD » croisse avec la quantité de programme HD. Allons plus loin et imaginons que les programmes et donc les périphériques HD deviennent ultra-majoritaires. Ceux qui comme moi se seraient marginalisés n'auraient plus d'autre choix que de passer à la HD ou de définitivement se priver de tout loisir numérique.

On compare souvent l'avènement de la HD à celle de la télévision couleur et c'est une erreur. En effet, bien que les programmes soient diffusés en couleur, rien n'empêche les possesseurs de téléviseurs noir et blanc de continuer à utiliser ces derniers. Contrairement à la HD qui se propose d'exclure progressivement les consommateurs non-conformes. Au demeurant, en tant qu'informaticien je suis particulièrement sensible au piratage et je peux comprendre que les diffuseurs de contenu protègent leurs produits. Ce qui me gène c'est le sous-entendu associé aux DRM. Pour les majors, si vous ne fraudez pas encore, vous le ferez un jour et à partir de ce postulat elles se donnent le droit de cadenasser toute expérience numérique. Heureusement nous vivons les prémices de la HD, nous pouvons encore décider de sa réussite ou non, sous cette forme. Rendez-vous dans 5 ans pour les comptes.

Portable pas cher

2006-05-07 10:30:04, par Hyacinthe MENIET - [Informatique]

Le marché des ordinateurs fixes et portables arrive à saturation dans les pays développés. Cette situation coïncide avec une croissance soutenue du même marché sur les autres continents. Cela explique probablement l'appétit des multinationales informatiques vis-à-vis des pays émergents. Deux exemples :

Portable MIT Commençons par l'annonce la plus ancienne : le MIT prépare un PC portable à 100 dollars. Ce portable intègra un processeur AMD cadencé à 500 Mhz, 4 ports USB et un module Wi-Fi. Il disposera d'une manivelle capable de recharger la batterie. Pour l'instant, une minute de manivelle est nécessaire pour 10 minutes d'autonomie. Côté logiciel, beaucoup de logiciels libres avec notamment un système d'exploitation à base de noyau Linux.

Portable Intel Intel par la voix de son CEO, Craig Barrett, avait critiqué la machine du MIT, la qualifiant de gadget. Ce qui ne l'empêchera pas de sortir le sien : l'Eduwise. Il s'agira d'un PC portable à 400 dollars et dédié à un usage scolaire. Côté matériel : un processeur Intel, des modules pour le Wi-Fi et un écran tactile. Côté logiciel, essentiellement du propriétaire avec le système d'exploitation Windows XP de Microsoft.

D'un point de vue purement humaniste le produit du MIT est meilleur, je trouve juste qu'il n'est pas adapté aux besoins réels des enfants de ces pays là. En effet, je me demande si l'impératif immédiat n'est pas de nourrir ces enfants ? De les scolariser ? De leurs éviter les travaux forcés ? Et d'éradiquer la corruption qui détourne les dons de leurs véritables destinataires. En revanche, la machine d'Intel, est fidèle à la vision qu'a Intel de la relation vendeur-client : un produit moyen à un prix élevé. Intel ignore-t-il qu'on trouve déjà des machines largement mieux dotées pour 100 euros de plus ? Intel ignore-t-il qu'en utilisant des logiciels libres il pourrait faire baisser substantiellement la facture ?

La vulgarisation des moyens informatiques dans les pays en développement et d'une manière plus large dans les milieux défavorisés, est une excellente idée. Le fait qu'elle ne soit pas l'apanage des philanthropes ne me gène pas. Néanmoins, je pense que la réussite de tels projets est subordonnée à deux conditions : premièrement que les besoins indispensables ci-dessus soient satisfaits. En second, je constate qu'une grande partie de l'opinion publique des pays développés n'a des pays en voie de développement qu'une vision misérabiliste. Cela transparaît à travers la couverture médiatique qui leur est accordée ou dans les deux ordinateurs susmentionnés. Il est urgent d'arrêter de penser que « démuni » est synonyme « d'idiot », un tamagotchi reste un tamagotchi même s'il y a marqué « Intel inside » dessus.

Y a-t-il un pétrole dans l’avion ?

2006-05-03 07:17:11, par Hyacinthe MENIET - [Général]

Augmentation du prix du gaz chez Gaz de France, flambée du prix des carburants à la pompe, hausse du prix des billets d'avion chez Air France … Bref, voici une liste non exhaustive des conséquences de la flambée du prix du pétrole sur le quotidien de nombreux français. Le baril de brut coûtait 25 dollars à la fin 2002 il est aujourd'hui à 75 dollars. Pour ma part un seul commentaire : ça fait cher le pot de yaourt ! Oui, les pots de yaourts sont fait en plastique, un dérivé du pétrole. Pour expliquer cette situation la presse évoque généralement trois facteurs :

En premier, les Etats-Unis et la Chine : le premier est le paradis du 4x4 et le second est atteint de boulimie énergétique. On estime à 2 millions de barils par jour le déficit entre l'offre et la demande mondiale, mais on estime également que la production peut sensiblement augmenter si on investi suffisamment en amont pour améliorer l'extraction. C'est le deuxième facteur : le manque d'investissement. En dernier : les tensions géopolitiques. La plupart pense aux tensions au Moyen-Orient, notamment à la crise Iranienne. C'est vite oublier la Bolivie, le Venezuela et le Brésil qui ont annoncé leurs intentions de nationaliser leurs ressources pétrolières et gazières. Pour être vraiment précis, la Bolivie n'en est plus à formuler des souhaits, par la voix de son président Evo Morales, c'est un ultimatum qu'elle envoie aux compagnies étrangères : « la Bolivie et son pétrole tu les aimes ou tu les quittes », pour reprendre une formule en vogue quand on parle d'immigration à droite.

J'ignore la situation sur les autres continents mais en Europe je vois au minimum un quatrième facteur : le manque de volonté. Les chocs pétroliers se succèdent, en écho, depuis de nombreuses années les discours politiques nous abreuvent de phrases ronflantes et creuses sur les énergies renouvelables. Force est de constater que rien dans la pratique n'est fait pour encourager les alternatives à un coût raisonnable. Tout cela m'inspire deux réflexions : Premièrement, à moins d'être masochiste, le pétrole n'est pas encore assez cher, ni pour nos dirigeants ni pour nous même sinon nous ne continuerions pas à le gaspiller ainsi. Deuxièmement, si l'on considère que le pétrole est un cul-de-sac, s'équiper pour des énergies renouvelables dès aujourd'hui est préférable car cela permet de lisser leurs coûts dans le temps au lieu de se retrouver le jour fatidique, obliger d'y passer.