La réforme de la protection sociale

2007-09-15 19:37:58, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

En France, la protection sociale profite à la majorité de la population. « La sécu » comme on se plaît à l'appeler est un système solidaire, c'est-à-dire que chacun cotise selon ses revenus et il n'y a pas de malus pour les malades. Revenons sur les fondamentaux : on parle de solidarité quand une réunion ou association de personnes morales ou physiques, ayant des buts ou des intérêts communs s'oblige moralement à une assistance mutuelle : les uns pour les autres, et chacun pour tous. Cette logique de mutualisation des coûts, au sens large, est la base des protections sociales pratiquées dans de nombreux pays comme : les Etats-Unis, la France, la Suisse, le Canada et la Belgique. Ce qui varie d'un état à un autre c'est ce par quoi elle est financée et surtout le cercle de ceux qui en bénéficient.

François Fillon Ce n'est pas un secret, en France des branches de la sécurité sociale sont déficitaires. Le manque augmente d'environ 10 milliards d'euros chaque année. C'est cette situation qui explique pourquoi le premier ministre, François Fillon, a demandé au conseil économique et social (CES) de travailler sur une réforme du financement de la protection sociale. Je vais donc profiter de ce billet pour mettre en perspective les mesures d'urgence déjà proposées par le gouvernement et indiquer quelques pistes de réflexion.

Traditionnellement, il y a deux approches complémentaires pour équilibrer un compte :

  • Augmenter les recettes : Le gouvernement réfléchi à une TVA sociale. En début de semaine, Christine Lagarde, ministre de l'Économie, des Finances et de l'Emploi, et Eric Besson secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé de la Prospective et de l'évaluation des politiques publiques, ont remis chacun, au premier ministre, un rapport qui recommande la prudence vis-à-vis de cette mesure. A ce stade nul ne sait, si et quand cette taxe sera appliquée.
  • Réduire les dépenses : Le gouvernement a choisi les franchises médicales. L'idée derrière ce levier est de responsabiliser le patient en associant à chaque dépense de santé une somme qui restera à sa charge. Les franchises médicales figureront dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2008.

Si les axes désignés sont bons (e.g. agir à la fois sur ce qui entre et ce qui sort des comptes), le choix des outils me semble plus discutable. En effet :

La TVA sociale consiste à transférer une partie des cotisations sociales, à la charge des travailleurs vers les consommateurs. Concrètement, l'état allège le coût du travail pour les entreprises françaises, en contre partie il leurs demande de répercuter cette baisse dans le prix de vente de leurs produits. Puis l'état augmente la TVA afin de prélèver exactement ce qui a été cédé aux entreprises. Dans un monde idéal, ce transfert de source, n'entraîne aucune variation du prix final des produits français mais pénalise les produits importés. Et c'est ce surplus de taxe qui financera la protection sociale. Dans la pratique c'est moins évident, j'y reviens plus loin. Actuellement, le gouvernement manifeste beaucoup d'hésitations à s'engager sur cette voie. Et je le comprends. En effet, par définition une TVA est un impôt aveugle qui frappe tout le monde de manière uniforme et ne tient pas compte de la réalité sociale de ses sujets. De fait, « TVA sociale » est une oxymore. De plus, je trouve très courageuses les personnes qui soutiennent qu'une telle mesure n'entraînera pas de hausse des prix des produits français, juste parce que le gouvernement l'aura décidé. En France les prix sont libres et rien n'empêchera les entreprises de consolider leurs marges avant de répercuter la baisse. Tout cela devrait se traduire, in fine, par une augmentation générale du ticket à la caisse.

Au sujet des franchises médicales, commençons par la pratique : les comptes de la sécurité sociale servent à dédommager les victimes des turpitudes de la vie, parmi lesquelles maladie, accident, dépendance, chômage ... Dans la mesure où ni votre santé ni votre dignité n'ont de prix, vous comprenez aisément que les comptes de la sécurité sociale ne puissent s'équilibrer de manière analogue à ceux d'une épicerie. Dis autrement, toute la problématique face aux déficits, consiste à trouver une source volumineuse de financement pour satisfaire un besoin qui n'a pas de prix. Dans cette optique, les franchises ne suffiront pas car elles ne représenteraient que 850 millions d'euros par an. Un mot sur le principe pour finir : comme je le disais tantôt, la sécurité sociale est un système mutualiste qui ne punit pas les malades. En instaurant des franchises médicales, le gouvernement applique un malus aux patients, ce qui va à l'encontre de tout ce pourquoi la sécurité sociale a été créée. Au final les franchises médicales se présentent comme une mesure inefficace face aux enjeux et qui se situe aux antipodes de l'idée qu'on se fait de la sécurité sociale. Je ne suis pas persuadé que le jeu en valait la chandelle.

Quelques pistes de réflexion :

L'idée de TVA sociale a germée à partir d'un constat assez simple et déjà ancien : les dépenses de santé augmentent plus vite que les cotisations sociales (e.g. les salaires). Ceci à cause du vieillissement de la population, de la consommation excessive de médicaments et de la sophistication des actes médicaux. Ceux qui prônent la TVA sociale se trompent quand ils pensent que ce constat remet en cause le mode de financement de la protection sociale. En réalité, il se borne à indiquer qu'il faut augmenter le flux des entrées. J'y reviens plus tard le temps d'un autre constat simple : aujourd'hui le chômage touche 8% de la population active. Ce chiffre triple quand on restreint l'étude aux jeunes (ceux qui cotiseront le plus longtemps) aux personnes âgées et aux habitants des quartiers modestes (les deux catégories auxquelles la protection sociale bénéficie le plus). De mon point de vue, le noeud du problème n'est pas la méthode de cotisation mais la quantité de cotisants. Pour freiner le déficit de la sécurité sociale, il suffirait de réduire le taux de chômage dans ces trois catégories. Sans compter que cela améliorerait d'autres indicateurs comme la consommation, l'envie d'investir, les retraites ... Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la sécurité sociale telle que nous la connaissons propose une forme très concrète de solidarité entre les assurés. Ce mécanisme aussi beau soit il, ne fonctionnera que si la proportion des non contributeurs est très faible. Et ce n'est pas le cas aujourd'hui. En clair, même par pur égoïsme, nous avons tous intérêt à ce que chaque personne en capacité de travailler ait un emploi.

Je termine ce billet en mettant les pieds dans le plat. Dixit le gouvernement, les franchises médicales devraient rapporter 850 millions d'euros par an. A titre de comparaison, la loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat (TEPA) devrait nous coûter 10 à 15 milliards d'euros par an. D'où ma question : le gouvernement souhaite-t-il réellement résorber le déficit de la protection sociale ?

Enseignements politiques

2007-06-25 07:20:58, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

En instaurant un régime semi-présidentiel en 1958, le général de Gaulle voulait rééquilibrer les pouvoirs entre le parlement et le président. Un peu plus de pouvoir pour le président et vases communiquant obligent, un peu moins au parlement. Problème : les députés étaient élus de manière directe et le président, non. C'est donc pour résoudre ce conflit que le président est lui aussi désormais élu au suffrage universel. De facto, dans la V ème république, le président est au dessus des partis politiques et l'alter ego du parlement. Mon propos ici, n'est pas de contester la pertinence du modèle, je ne pense pas qu'une perfection soit atteignable dans le domaine. Je me propose de mettre en lumière des contradictions induites par la modernité et je pointe quelques chemins de réflexion. Vaste chantier.

Commençons par les institutions. "L'enfer est pavé de bonnes intentions" c'est la substance d'un proverbe populaire. J'essaye de montrer dans la suite comment l'adaptation nécessaire de nos institutions au tempo de la vie moderne a déséquilibré les pouvoirs.

  • Je n'y étais pas mais je suis convaincu que depuis sa création notre monde est en constante mutation. C'est vrai d'un point de vue climatique et c'est très palpable depuis quelques années économiquement parlant. Je pense à la mondialisation. Deux exemples : 1) Le prima du capital sur le travail qui fait pression à la baisse sur les salaires (c'est le problème du pouvoir d'achat). 2) Le G8 sans la Chine, l'Inde et le Brésil qui apparaît comme un club d'amis dont les décisions n'ont d'impact ni sur l'économie, ni sur l'écologie. Dans cette configuration le quinquennat est une bonne mesure car elle autorise un renouvellement plus soutenu de l'élite et on l'espère une meilleure réactivité face aux défis proposés.
  • Dans la même veine et pour autant que cela contrarie les velléités de cohabitation, je pense qu'on peut considérer le rapprochement des élections présidentielles et législatives comme une bonne intention. Le dommage collatéral c'est que ça préempte l'élection du président par rapport à celle des députés. C'est-à-dire que les députés savent qu'ils doivent leurs sièges au président. De fait, la tentation est grande pour le président d'instrumentaliser sa majorité. Affaire à suivre, ce n'est pas l'objet du présent billet.

Personnellement je n'ai rien contre un président influant et remplaçable plus souvent, bien au contraire. Beaucoup de pays fonctionnent ainsi (Angleterre, Allemagne, Etats-Unis …) même si les titres changent. Et c'est efficace. Je me pose simplement deux questions :

1) Pour moi le parlement est le poumon de la démocratie il doit se positionner comme l'alter ego du président à défaut d'être un contre-pouvoir. Le risque qu'il devienne un outil d'exercice du pouvoir de ce dernier pose le problème du mode de scrutin. En effet, les députés sont élus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, ce scrutin à la particularité d'accentuer la majorité et de sanctionner les minorités. Je me demande si ce mode de scrutin est toujours adapté dans la mesure où on sait que l'élection législative confirmera l'élection présidentielle ? Le temps est peut-être venu d'accepter une moitié de proportionnelle, comme en Allemagne ?

2) C'est le président Nicolas Sarkozy qui a choisi les ministres (comme un premier ministre), c'est le président qui rythme la vie politique, c'est le président qui dans quelques mois pourra s'exprimer régulièrement devant les députés (comme un premier ministre). Bref ! Avec un président plus puissant donc plus responsable et actif, je m'interroge sincèrement sur l'intérêt d'un premier ministre ?

Terminons par le poids des partis politiques et de la presse. "La rencontre d'un Homme et d'un peuple" c'est en substance un souhait qu'on prête au général de Gaulle qui a voulu l'élection au suffrage universel du président de la république. Force est de constater que depuis lui cette assertion ne s'est jamais plus vérifiée. En effet, d'une part, plus que jamais l'élection présidentielle consacre un parti via un Homme et d'autre part entre l'Homme et le peuple il y a les médias qui ne sont pas tous transparents.

Je ne vais pas, ici, abonder dans le discours du tous corrompus qui favoriseraient un camp plus que l'autre. En parlant de la presse. Tout simplement parce que c'est faux, les journalistes sont des citoyens comme les autres et à ce titre il y en a pour tous les goûts. Faux débat, pour moi. Ceci dit, je sais que comme tous les marchands, une rédaction ne vit ni d'amour, ni d'eau fraîche. Elle a besoin de vendre. Dans son cas ce sont des images, du texte et de l'exclusivité. C'est pourquoi elle adapte et sélectionne ce qu'elle présente pour que ça cadre avec ce qu'elle croit devoir servir à ses clients. Je ne suis pas entrain de remettre en cause l'éthique des journalistes mais je m'interroge légitimement sur les vertus d'une information qui nous parvient après des couches d'interprétations ?

Pour conclure je remarque que pour aussi judicieux qu'aient été les choix fait en 1958 d'une part et pour aussi pertinents qu'aient été les changements apportés à la constitution d'autre part, nous ne sommes qu'au milieu du gué. Je veux dire par là que le système actuel est incomplet. Il fonctionne dans la majorité des cas mais montre des signes d'essoufflements dès qu'on augmente les cadences. Je me dis qu'il serait prudent d'injecter un peu de lubrifiant dans les rouages de la politique, ceci afin de fluidifier les mécanismes et d'éviter l'embolie.

2007 : une année riche en élections !

2006-10-26 07:05:56, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

J'ai initié avec des amis il y a quelques mois l'association trustonme. Pour nous l'élection du bureau ce sera en février 2007. En la créant nous nous sommes fixé comme objectif d'oeuvrer différemment et peut-être plus efficacement pour la promotion des logiciels libres. Je vous donne le lien vers la nouvelle du secrétaire général dans laquelle il lance officiellement l'association trustonme et en parle bien mieux que moi. Je pense que d'une certaine façon Trustonme demeurera mon bébé (qui a 4 ans maintenant). Mais en me lançant dans cette nouvelle aventure, je souhaitais légaliser le fait qu'il est aussi le bébé de tous les linuxiens. Le fait de passer la main sur ce point devrait m'accorder du temps et ce sera à moi d'en faire le meilleur usage. Allez ! J'arrête là ces digressions et j'en viens au sujet du billet : l'élection présidentielle de 2007.

C'est le problème des années électorales, les préparatifs sont suivis par les présélections qui cèdent elles-mêmes l'espace aux élections. Pendant toute cette période, les ego gonflent, les affrontements se multiplient et les hommes et femmes politiques sont trop soucieux des balles qu'ils s'échangent pour accorder de l'intérêt aux préoccupations de leurs électeurs. Dans ce brouhaha préélectorales, le gouvernement a tenu son rang, remercions pour cela les Daltons : Jo et Averell qui ont véhiculés une image affligeante de la France pendant l'été au sujet de la désormais célèbre " affaire Clearstream ". Ne leur déplaise, depuis déjà deux semaines, c'est Ségolène-neige et les 2 éléphants qui captivent les projecteurs médiatiques. Les débuts furent laborieux mais ça y est, avant-hier nous avons eu droit à un vrai débat même si tout n'était pas irréprochable. En effet :

  • La mise en scène était impeccable : l'élément perturbateur, Ségolène Royal, était au centre bien encadré par ses contradicteurs, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn.
  • Les thèmes étaient judicieux : nous avons pu entendre les opinions de chacun sur les sujets sensibles et glissants que sont la famille, l'école, l'immigration et les banlieues.
  • Les propos étaient impétueux : les candidats se sont apostrophés et on a même eu droit à quelques éclats de voix.

Comme je le pressentais, Dominique Strauss-Kahn est assurément le plus à l'aise dans cet exercice. Son côté « je suis le prof et je vous explique comment faire » séduit une part toujours minoritaire mais croissante de l'électorat. J'avoue que la prestation de Ségolène Royal m'a surprise à défaut de m'emballer. Elle a su résister et rétorquer avec aplomb au feu nourri de ses adversaires. C'est elle qui suscite, focalise et distribue le débat. Laurent Fabius est resté fidèle à sa ligne, rejeter sans proposer d'alternative vraiment innovante.

A ce stade, je tire deux enseignements : Premièrement, Ségolène Royale, n'est pas socialiste, en tout cas pas au sens PS du terme. Sur plusieurs points, elle s'est montrée particulièrement orthogonale au projet socialiste, pour oser prétendre l'inverse. Sa bonne forme dans les sondages n'est clairement pas étrangère à cela et elle aurait tort de changer de cap. Ensuite, contrairement aux sondages je ne suis pas convaincu que ce soit à Dominique Strauss-Kahn que profite le plus ces débats. Contrairement à la presse, je doute que ce soit Ségolène Royale la lauréate in fine de ses joutes verbales. Pour moi le gagnant en définitif c'est l'adversaire du PS au second tour. En effet, ces débats télévisés fourmillent d'indications sur les forces et les faiblesses des candidats et de leurs programmes respectifs. Le futur adversaire du PS n'a plus qu'à les collecter et à affûter ses armes en conséquence.

En attendant l'élection présidentielle

2006-06-02 07:46:52, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

Si vous lisez notre livre, vous comprendrez qu'on parie plutôt sur Ségolène !

C'est la réponse de Cécile Amar co-auteur de « Ségolène & François - Biographie d'un couple » à la question « Pensez-vous que François Hollande a le charisme pour devenir Président ? ». Amateur de joutes verbales, les pré-campagne, campagne et élection présidentielle sont souvent propices à de savoureux échanges entre candidats. En direct ou par presse interposée. C'est aussi l'occasion d'entendre siffler quelques balles perdues comme celle ci-dessus, qui ridiculise à elle seule les espoirs présidentiels de François Hollande si tant est qu'il en ait eu. Au moment où j'écris ce billet, à un peu moins d'un an de l'élection présidentielle donc, on peut discriminer les (futurs) candidats en deux catégories. Les « donnés finalistes » et les autres. Je me suis amusé à tirer le portrait des deux candidats en tête des sondages. Une espèce de photographie individuelle qui tient compte de ce que je sais du personnage. Désolé pour les autres candidats, mais vous le savez, on ne prête qu'aux riches.

Ségolène RoyalHonneur à la dame, débutons par Ségolène Royal. Sa force, elle est une femme, sa faiblesse, elle est une femme. Je m'explique, avec la vague de féminisation des dirigeants, le fait d'être une femme et d'être à gauche joue indiscutablement en sa faveur. Sa popularité est essentiellement basée sur sa sympathie et sur le rejet de la paléo-politique, celle où les mâles dominants gouvernaient sans tenir compte des attentes du peuple. Les mêmes mâles dominants, cadres du PS cette fois, l'ont raillée et ce faisant ont accru sa popularité auprès des sondés. Malheureusement pour elle et probablement à cause de sa féminité affirmée, elle apparaît dans les sondages comme une personne manquant de fermeté, une personne incapable de prendre des décisions difficiles.

C'est consciente de ce déficit d'image, que Ségolène Royal a proposé publiquement des recettes musclées contre la délinquance des jeunes. La manoeuvre politique est évidente : en asséchant son adversaire, ici Nicolas Sarkozy, sur son terrain, elle décrédibilise sa candidature et elle s'ouvre la voie la royale vers l'Elysée ! Personnellement, je trouve cette dérive droitière, très inquiétante. J'en parle dans un billet précédent et j'en discutais récemment avec un ami. A la fin de notre conversation, nous aboutissions à la conclusion que les couches sociales les plus faibles votaient majoritairement à droite. En effet, ces couches représentent la part la plus importante de la population, les politiques s'évertuent donc à leur servir le plat de nouilles qui leur convient le mieux. Entre deux extrêmes, Ségolène Royal devra choisir, elle aura du mal à s'assurer le soutient de l'aile gauche du PS avec de telles positions. Vivement novembre, pour avoir l'épilogue.

Terminons par Nicolas Sarkozy. Sa force, il est petit donc teigneux, sa faiblesse, il est petit donc teigneux. Nicolas Sarkozy est un excellent orateur et contradicteur, il parle avec conviction et sait trouver les mots qui font mouche dans l'opinion. En bien comme en mal, soit dit en passant. Sa méthode en politique : l'attaque frontale et c'est probablement la clé de son succès. Nicolas passe auprès des futurs électeurs comme un homme neuf qui dit tout haut ce que la majorité rumine en silence. Malheureusement pour lui, sa hargne et son côté bulldozer l'ont souvent empêché de voir jusqu'à l'évidence.

Sa dernière victime : les étrangers. C'est un classique dans l'humanité d'imputer aux étrangers tous les maux de nos sociétés : ils achètent nos maisons, ils font de la spéculation immobilière, ils volent nos emplois, ils touchent nos allocations familiales et j'oublie les plus belles perles. Face à cette détresse, il ne s'agit pas de rester sourd et sur ce point Nicolas Sarkozy a raison et Lionel Jospin avait tort. Mais en tant que responsable politique il faut tarir le problème à la source. L'immigration clandestine ne s'arrêtera pas juste parce qu'un ministre aura décidé de choisir ses immigrés ou parce qu'on aura mis plus de policiers aux frontières, les USA en savent quelques choses. L'immigration clandestine n'est pas une fatalité et tout le monde préfère vivre chez soi, tant que c'est viable. Ici comme là-bas, ce qui pousse les gens à s'exiler, c'est l'espoir d'une vie meilleure. De nombreux français vivent ou travaillent en Suisse, pour ce motif, preuve que ce n'est pas caractéristique des pays pauvres. Autre exemple, les agriculteurs en Europe et aux USA sont protégés et subventionnés. Le producteur de café colombien, en Colombie ne l'est pas. Mondialisation oblige, tout se petit monde se retrouve en concurrence. Cherchez l'erreur.

A égal ego

2006-03-28 07:31:30, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

Un sondage publié hier sur France 2 et dans Le Monde indique que 63% des Français déclarent ne pas approuver la décision du Premier ministre, Dominique de Villepin, de maintenir le CPE. Je n'ai pas participé au sondage mais je me reconnais dans ces 63%. Je ne pense pas que le CPE soit dans le fond pire qu'un CDD de deux ans. C'est juste un ghetto qui remplace un autre ghetto. La vérité est ailleurs. Non, je me reconnais dans les 63% parce que j'estime qu'en 1995, 53% des personnes interrogées disaient rejeter le plan de réforme de la sécurité sociale d'Alain Jupé. A l'époque Dominique de Villepin avait conseillé à Jacques Chirac de dissoudre l'assemblée nationale, de renvoyer le premier ministre et de convoquer des élections anticipées. Il serait de bon ton que le Premier ministre appliqua à lui-même ses propres recettes.

D'un problème idéologique voire vaguement économique le CPE est devenu une affaire d'ego : 8,2% c'est la proportion de salariés syndiqués en France. Les grands syndicats traversent une crise. L'effondrement du secteur primaire, le délabrement du secteur industriel et l'ascension du tertiaire, suffisent à expliquer ce phénomène. On comprend mieux pourquoi cette confrontation est vitale. En cas de réussite, elle restaurera un peu de la splendeur d'antan et punira le gouvernement au sujet du CNE et des retraites. En face, Dominique de Villepin dit qu'il est ouvert au dialogue mais sous-entendu, tant qu'on ne change rien au texte. Je pense qu'à aucun moment il n'a douté de sa victoire sinon il aurait déjà reculé. De plus devenir le premier à mater « la rue » peut donner des ailes. Dommage, car ce faisant il se comporte comme un autocrate et je doute que les urnes lui donnent raison. Quoiqu'il en soit, les semaines qui viennent désignerons le plus fervent adepte du jusqu'au-boutisme.

Pour moi il existe une façon courageuse de sortir de ce conflit. Le CPE ne résoudra pas le problème de l'emploi des jeunes. Il est donc inutile de s'y accrocher. A la place, je pense qu'il est plus judicieux d'engager une grande discussion visant à simplifier le code du travail. Car c'est là le problème : les ghettos. L'idéal serait un contrat unique dans lequel les droits des salariés augmenteraient avec l'ancienneté. Je pense que tout le monde a compris que l'heure était à la flexibilité. Ce que la rue réclame c'est que cela s'applique à tous et pas qu'aux jeunes. Dans le « tous », j'inclus les dirigeants. Au nom de quoi le président de « Vivendi Universal » aurait droit à un « golden parachute » lorsqu'il est viré et son employé une « pomme golden » pour la même action ?

La politique sur Internet

2006-03-17 20:43:17, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

Le marketing politique sur Internet est un phénomène récent mais déjà bien rodé. Au PS, Jack Lang l'avait annoncé lui-même sur RTL, lundi 13 mars : la campagne d'adhésion au parti socialiste aurait apporté 5 000 nouveaux membres en seulement trois jours. Les derniers chiffres font état de plus de 10 000 nouvelles adhésions. Mais c'est l'UMP qui maîtrise le mieux le sujet : Entretien en podcast vidéo avec Nicolas Sarkozy, achat de mots clés sur « Google Adwords », sont quelques exemples du savoir-faire de l'UMP en la matière. Je n'oublie pas les blogs d'hommes politiques qui autorisent, quelques fois, un contact plus direct.

Internet investit chaque jour un peu plus notre quotidien. Venir sur Internet pour un parti politique obéit à la logique habituelle : aller recruter les partisans là où ils sont. En effet, les grands partis politiques affichent des scores assez risibles, en termes de membres. Songez que l'UMP se positionne comme la principale formation politique avec seulement 400 000 adhérents. Contrairement à une idée répandue, je pense que « la France d'en bas » ne se désintéresse pas de la politique. Le refus de la constitution européenne ou l'ampleur du rejet du CPE sont pour moi des appels pour une autre politique. Les gens attendent une politique plus proche, moins technocratique, moins autoritaire. Les gens veulent pouvoir « zapper » ou dialoguer, quand ils veulent et où ils veulent. Et c'est vrai qu'Internet facilite cela.

Le pouvoir d'influence par Internet est assez important peut-être même aussi important que la télévision. On oppose souvent les deux médias et c'est une erreur, pour moi ils sont complémentaires. La télévision permet de parler de manière synchrone à plusieurs personnes en délivrant le même message. Internet permet une communication asynchrone en particularisant le message. Le ying et le yang en somme.

Personnellement, je ne suis pas choqué par l'arrivée de la politique sur Internet, je suis même étonné qu'elle s'y intéresse si tardivement. Petit bémol, pour finir : A travers les exemples que je cite plus haut on peut se convaincre que les hommes politiques ou les gens qui les conseillent ont bien cernés le phénomène et l'intérêt d'Internet. C'est pourquoi je suis assez surpris quand ils nous pondent des lois (DADVSI) qui laissent supposer qu'ils n'ont rien compris à la problématique.

CPE : la Chute Pour dominiquE ?

2006-03-08 20:03:46, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

Dominique de VillepinLe premier ministre Dominique de Villepin, est passé d'homme fort du gouvernement à homme seul contre tous. Tout avait si bien commencé, Dominique de Villepin se présente comme un énarque, un poète et un homme politique de talent. Il devient premier ministre et est présenté par l'Elysée comme le digne successeur de Jacques Chirac. Dans les sondages il apparaît comme le seul a droite, en mesure de limiter les ambitions présidentielles de Nicolas Sarkozy.

Et puis les choses s'accélèrent dans le mauvais sens : Pas de TVA à 5,5% pour la restauration, arrive la fièvre Chikungunya pour laquelle on lui reproche une réaction tardive, le passage en force sur le CNE et le CPE puis la grippe aviaire pour laquelle les aides aux éleveurs tardent à arriver et sont insuffisantes. Pour être honnête, la plupart de ces évènements ont démarré à « l'insu de son plein gré » mais mis bout à bout cela explique probablement la dégringolade de sa popularité. Les réactions à gauche comme à droite ne se font pas attendre. La gauche fortement affaiblie jusque là, saisie l'occasion pour enfoncer le clou : Dominique Strauss-Kahn va jusqu'à défier le premier ministre de l'affronter en débat sur l'emploi. A droite, Nicolas Sarkozy préfère rester à distance de la tempête qui agite le premier ministre.

Face à autant d'adversité, Dominique de Villepin a annoncé qu'il ne cèderait pas. Je ne suis pas devin donc j'ignore si c'est la bonne attitude. Toujours est-t-il que ce faisant il s'aliène une bonne partie de la jeunesse et les parents qui vont avec. Dur dur d'être Villepin.

Projet de loi sur la copie privée

2006-03-06 21:38:37, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

C'est demain que le débat sur le projet de loi sur la copie privée reprend à l'assemblée nationale. Je précise que le précédent amendement qui prônait la licence globale avait créé un mini-séisme à l'UMP. Pour tenter de contenter toutes les parties prenantes : internautes et artistes, le ministre de la culture et de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres a revu sa copie. Dans ce nouveau texte, un internaute risque 38 euros maximum s'il télécharge du contenu audio dont il n'a pas acquis les droits et 150 s'il le met à disposition d'autres internautes. Il risque une peine de six mois de prison et une amende de 30 000 euros s'il propose des moyens de contournement des protections. Enfin, ce sera trois ans de prison s'il créé un logiciel qui facilite les échanges illicites de fichiers musicaux.

J'ai l'impression que monsieur le ministre et ceux qui le conseillent n'ont pas tout compris à l'histoire. Cela fait quelques années maintenant que les maisons de disques chassent les internautes qui « volent leur propriété ». Force est de constater que la fréquentation des plateformes d'échange ne baisse pas. Ensuite, le peer-to-peer n'est qu'un maillon de la chaîne. Aujourd'hui on peut échanger des fichiers par FTP, par mail, avec des baladeurs mp3, par MSN et j'oublie les futures technologies. Pour aller plus loin, pourquoi l'internaute est-t-il plus coupable aujourd'hui d'échanger sa musique sur Internet alors qu'il y a dix ans il échangeait ses cassettes audio sans crainte ?

Je pense sincèrement qu'échanger ce qu'on aime avec qui on veut fait partie des habitudes, peut-être mauvaises s'entend. Internet agit ici comme un catalyseur qui accroît le processus de manière exponentiel. Ce n'est pas propre aux fichiers musicaux, il fonctionne ainsi avec tout ce qu'il touche. Est-t-il raisonnable de lutter contre Internet, comme en Chine ? Je ne le crois pas. Je pense qu'il est plus sensé de l'utiliser. De nombreuses études le montrent, les internautes, moi le premier, sont prêts à payer pour la musique qu'ils aiment. Simplement, ils attendent que les plateformes de ventes légales soient moins chères. Aujourd'hui un album de mp3 sur ces sites est aussi cher qu'un CD à la Fnac, alors qu'il est de moins bonne qualité, pourquoi ? Aujourd'hui en achetant un CD à la Fnac, l'internaute peut le lire sur la platine de son choix, en achetant les mêmes morceaux sur ces sites, il ne pourra les lire que sur un nombre restreint de baladeurs, à cause des DRM, pourquoi ? A côté de ça il a la possibilité de télécharger les mêmes morceaux, gratuitement et sans limitation. Franchement, j'ai connu des choix plus délicats. Tant que le gouvernement n'aura pas compris tout cela, il pourra faire tous les amendements qu'il veut, il ne résoudra pas le problème.

Le problème c'est les étrangers

2006-02-09 23:06:15, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

J'ai un peu l'impression d'assister à une surenchère quand je lis les dernières prises de positions à droite à propos de l'immigration. Nicolas Sarkozy a annoncé, dans une interview accordée au Journal du Dimanche, le contenu de son avant-projet de loi sur l'immigration. Pour faire court, cet avant-projet privilégie une immigration « choisie » et non « subie » : des facilités d'accès pour les personnes les plus qualifiées, mais un durcissement des conditions d'entrée et de séjour pour les plus modestes. Le ministre de l'intérieur prévoit également de lutter contre les mariages mixtes en créant plus de contraintes pour les conjoints qui souhaitent avoir la même nationalité que leur compagnon. Ce matin, Dominique de Villepin se positionne comme le moteur de ce « projet moderne d'immigration » et réduit la participation de son ministre à de la coordination. Dans la foulée, le FN annonce que ce texte est encore trop gentil et réclame une politique « d'immigration zéro ».

A un peu plus d'un an de l'élection présidentielle les enjeux sont simples : le FN est parvenu au second tour de l'élection présidentielle en 2002 en surfant sur la peur de l'étranger. Cette vague n'étant pas retombée depuis, c'est le plus habile des trois qui l'emportera. Désolé de briser la chaîne mais moi ça ne me plaît pas. Piocher ainsi dans les thèses jusqu'ici défendues par l'extrême droite, c'est reconnaître qu'elle avait raison. C'est décomplexer tous les racistes et les facistes. Et c'est surtout présenter la France comme un pays xénophobe, je me souviens des gros titres de la presse étrangère pendant la crise des banlieues. Non, je pense que le gouvernement se trompe, les gens veulent du travail, du pouvoir d'achat et un toit. Je suis convaincu que la meilleure réponse aux extrémistes serait de satisfaire ces besoins. C'est évidemment plus courageux donc plus difficile.

Comment faire baisser le chômage des moins de 26 ans ?

2006-02-07 21:07:52, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

Ce n'est pas moi qui l'invente, c'est juste une constatation. La formule : « plus de flexibilité, plus de précarité, mais un job à la clé » a fait ses preuves dans les pays comme le Danemark et les Pays-Bas qui affichent respectivement 8,2% et 8% comme taux de chômage pour les 16-25 ans. Les meilleurs d'Europe de l'Ouest. A côté, la France avec son couple CDI ou CDD pour tous, est le plus mauvais élève d'Europe de l'ouest avec 22% comme taux de chômage pour les moins de 26 ans.

Je suis convaincu qu'acquérir de l'expérience est toujours plus profitable que pointer indéfiniment à l'ANPE. C'est pourquoi je suis pour le CPE. J'explique dans ce billet les raisons de mon choix. Malheureusement, les organisations syndicales et étudiantes ne sont du même avis. Les manifestations contre le CPE ont mobilisé plus 50 000 personnes selon la police et plus 100 000 personnes selon les organisateurs. Un récent sondage indique que les 2/3 des français approuvent la mobilisation contre le CPE. L'initiative est désormais du côté du premier ministre. Affaire à suivre.

Ce qui m'inquiète dans les débats actuels autour du CPE, c'est que personne n'aborde l'autre maillon faible de l'emploi des moins de 26 ans : la formation. Le système éducatif français favorise les diplômes sanctionnant des connaissances générales. Le jeune diplômé a la tête bien pleine, mais il est inadapté aux exigences de la vie active. Dans ce contexte, comment espérer mobiliser les entreprises sur l'emploi des jeunes ?