Bilan de l'année 2008

2008-12-26 09:28:42, par Hyacinthe MENIET - [Général]

En rédigeant ce bilan, je me suis demandé si le choix de l'élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis comme le fait politique majeur de l'année 2008 a été le résultat d'un tri objectif ou juste la conséquence d'une poussée d'Obamania en moi ? Dit autrement, suis-je devenu le perroquet des médias qui récite docilement la leçon qu'il a précédemment mémorisée ou ai-je conservé ma neutralité malgré le battage médiatique autour d'Obama ?

A deux questions, deux réponses:

  • Oui, j'ai succombé à une forme d'Obamania. En effet, après huit ans passés dans le « bush » (mot anglais qui signifie buisson en français), je me réjouis que nous en sortions. Tant qu'à faire, en préférant Obama à McCain, j'ai choisi celui des deux candidats qui semblait le plus éloigné politiquement de Georges W. Bush.
  • Non, j'espère n'être le perroquet d'aucun média. Pour preuve, je m'attacherai à rester fidèle à ma pensée. A suivre.

Moins passionnément, en 2008 j'ai eu la sensation d'être happé dans un flux continu de nouvelles avec le sentiment de n'avoir pas accorder à chacune, le recul qu'elle imposait. Quelques exemples : la crise en Ossétie du Sud consécutive aux assauts Georgiens puis Russes, les adieux de Fidèle Castro après 49 ans à la tête de l'état cubain, la fin de la trêve entre la branche armée du Hamas et l'état d'Israël, les attentats en Inde dans des hôtels de Bombay, le scandale du lait chinois contaminé à la mélamine. Liste non exhaustive. Je n'aborderai aucun de ces évènements dans mon bilan car ils débordent tous du cadre habituel de ce blog. Néanmoins je tenais à rappeler ces moments forts de l'actualité vu que certains ont coûtés la vie à des centaines de personnes et que d'autres ont tendu un peu plus les relations internationales.

Politique - L'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis.

Barack Obama 80% des terriens (hors Etats-Unis) aurait voté Barack Obama à la dernière élection présidentielle des États-Unis. Les américains ont donné au camp démocrate 70% des grands électeurs ce qui fera de Barack Obama le 44ème président des États-Unis. Un constat s'impose, cette élection a passionné et mobilisé à l'intérieur des États-Unis et peut-être même plus à l'extérieur. C'est inédit. Je pense qu'au delà des scores qui semblent assez proches car élevés, les raisons d'adhérer à la vision de Barack Obama n'étaient pas les mêmes, selon qu'on est américain ou non.

Côté américain:

Barack Obama gagne l'élection aux États-Unis grâce à la crise économique et malgré son handicap racial. Je reviens sur la crise économique plus loin dans le billet, dans cette sous-partie, je m'intéresse aux aspects ethniques.

La ségrégation basée sur les origines n'est pas un accident de parcours dans la marche démocratique américaine mais bien l'un des éléments fondateurs de cette société. Le principe de base de cette stratification ethnique est l'égalité entre blancs et la mise à l'écart des indiens et des noirs. Le terme blanc incluait les protestants anglo-saxons, les catholiques irlandais, les français de Louisiane mais excluait les « Latinos » pourtant eux aussi originaires d'Europe. Cette organisation a permis à tout nouvel émigrant de trouver rapidement sa place dans la société américaine, en fonction de ses origines. A cause de la mondialisation et suite à des approximations dans les choix économiques, ce pacte d'égalité a volé en éclat. Aujourd'hui les Etats-Unis forment un pays fortement inégalitaire et ceci indépendamment des origines. Aujourd'hui l'Amérique compte 40 millions de pauvres et les américains vivent sous perfusion, à crédit. Je pense qu'en élisant indirectement Barack Obama, la majorité des américains a compris que l'ennemi ne venait pas de l'intérieur mais se tenait à l'extérieur. En clair que le véritable clivage n'est plus blanc vs non-blanc mais plutôt américain vs non-américain.

Pour autant, peut-on considérer que les américains ont dépassés les clivages ethniques ? Je pense que non. On considère souvent Hollywood comme le surmoi des États-Unis, c'est-à-dire ce que l'Amérique rêverait d'être. A travers Hollywood, on remarque que l'Amérique se rêve multiraciale mais sans union intercommunautaire.

Côté le reste du monde:

Barack Obama est préféré à John McCain car il incarne mieux le changement par rapport à l'Amérique de Georges W. Bush, ce qui permet au reste du monde de recommencer à espérer une Amérique moins guerrière.

Un peu d'histoire. Après la seconde guerre mondiale, les États-Unis, ont mis en place un ordre mondial à dominante occidentale dans lequel ils tenaient une place hégémonique. La politique étrangère américaine consistait alors à contrôler et à rassurer ses alliés (i.e. la France et le Royaume-Uni) tout en cooptant les vaincus de la guerre (i.e. l'Allemagne et le Japon) dans son réseau économique et militaire. En adhérant à cette stratégie, les pays occidentaux acceptaient la prépondérance des États-Unis et se plaçaient sous sa garantie militaire. De cette façon, les états de l'ouest formaient un rempart naturel contre la menace soviétique et chinoise. L'ouverture du mur de Berlin et la chute des régimes communistes d'Europe centrale qui s'ensuivit ont rendu caduque cette organisation du monde.

L'invasion de l'armée américaine en Irak, une démonstration de la technologie militaire américaine qui a beaucoup contribué à faire émerger un sentiment anti-américain en général et anti-Bush en particulier. A raison, puisque cette guerre a été mal expliquée et les motifs qui la justifiaient se sont révélés fallacieux. Je pense qu'en envahissant l'Irak, les américains n'avaient pas conscience de l'érosion mécanique de leur influence sur la planète et du fait que le monde était aujourd'hui moins manichéen qu'il y a 50 ans. Dans l'inconscient collectif de 6 milliards de terriens, je me dis que Barack Obama incarne le renouveau américain car il est visiblement et idéologiquement assez éloigné de Georges W. Bush.

Pour autant, que va changer pour nous, l'élection de Barack Obama ? Pas grand chose, à mon sens. Avant d'être métisse, Barack Obama est américain, aussi, s'il a à choisir entre l'intérêt du monde et l'intérêt des États-Unis, il préférera probablement celui des États-Unis. Ce que faisait déjà Georges W. Bush. Tempérons ce sombre tableau et précisons qu'on peut légitimement espérer que les réponses qu'il apportera aux défis qui s'amoncellent devant lui - Deux guerres, une crise économique, une récession mondiale - seront plus raisonnées que celles de son prédécesseur.

Économie - La crise économique.

La monnaie joue un rôle capital dans l'économie. C'est un étalon qui permet de fixer la valeur relative des marchandises et des biens entre eux. La monnaie est également un intermédiaire pendant les échanges et surtout la dernière véritable source de pouvoir. Pouvoir de contraindre, pouvoir de corrompre ou plus simplement pouvoir de consommer. Lorsque votre capacité à acheter est amoindrie la seule opportunité qu'il vous reste pour continuer à consommer est le crédit. Dans une économie saine, votre aptitude à emprunter est directement proportionnelle à votre salaire. Ainsi, mieux votre travail est rémunéré plus les banques sont en mesure de vous proposer des crédits avantageux. Dans les États-Unis des années 2005-2006, la réserve fédérale américaine a maintenu son taux directeur à un niveau ridiculement bas. Ce n'est pas la seule raison mais cela a encouragé certaines banques à consentir des prêts immobiliers à des taux variables et à des foyers qu'elles savaient peu solvables. Ce sont les fameux « subprimes » et le point de départ de la crise que nous vivons.

Comme je l'indique ci-dessus, la crise démarre aux Etats-Unis en 2007 à cause des « subprimes ». Elle se propage au reste du monde parce que les banques américaines ont eues la bonne idée de jumeler les emprunts « subprimes » avec des crédits moins risqués et d'ensemencer la finance mondiale avec les montages résultants. Lorsque les familles qui ont souscrits aux « subprimes » sont victimes de la brusque augmentation des taux d'emprunts et ne peuvent plus rembourser leurs banques, leurs logements sont saisis pour être revendus. C'est alors que le marché immobilier américain, rapidement déséquilibrer par l'accroissement de l'offre au détriment de la demande, s'effondre et entraîne les banques avec lui.

De mon point de vue, cette crise est avant tout la crise d'une certaine idée du capitalisme: le néolibéralisme. Je ne suis pas pour le communisme mais l'idée que la masse monétaire puisse s'autoréguler et dans tous les cas ne doit pas souffrir l'intervention d'un quelconque organe central, me semble au mieux naïve au pire erronée. La crise des « subprimes » montre que certains dans la finance se sont comportés comme des pirates. C'est-à-dire qu'ils ont profité de l'absence de règles ou d'organe de contrôle compétent pour dévoyer le système. Cela ne remet pas en cause le système mais impose de bâtir de nouvelles règles de plus en plus coercitives en fonction des actes de piraterie constatés. Et surtout de se donner les moyens de les faire appliquer.

Cette crise pose également le problème de la dépendance de l'économie et de la finance mondiale vis-à-vis des États-Unis. Songez que Wall Street représente la moitié de la capitalisation boursière mondiale que le dollar représente 88% des transactions sur le marché de change et qu'il reste la devise de référence sur les marchés de matières premières. On sait que ce sont les fonds asiatiques - essentiellement chinois, japonais et arabes - qui financent la croissance américaine, car les foyers américains n'épargnent pas mais consomment. La question de la place du dollar et des bourses américaines dépend donc beaucoup des économies asiatiques. L'une des portes de sortie serait donc que les asiatiques arrêtent d'investir massivement aux États-Unis et commencent à placer leurs capitaux en interne ou en Europe.

Médias - Reforme de l'audiovisuel public.

Patrick de Carolis Intuitivement, ce que j'attends d'un service public de l'audiovisuel, c'est qu'il propose une information et une grille des programmes totalement indépendants des pressions externes. Ces pressions pouvant être d'ordre commerciale - les annonceurs, les lobbys - ou politique - l'exécutif ou l'opposition. Si on regarde la situation en France on constate que l'audiovisuel public français pêche sur les deux tableaux, c'est pourquoi je me dis qu'une reforme était nécessaire.

Justement une reforme de l'audiovisuel est en cours de vote, son contenu est le suivant :

  • Suppression de la publicité après 20h - puis totalement - sur toutes les chaînes du groupe France Télévisions à l'exception de Réseau France Outre-mer (RFO).
  • Une seconde coupure publicitaire par tranche de 30 minutes lors de la diffusion de fictions et de films par les chaînes privées.
  • Compensation du manque à gagner résultant de la suppression de la publicité par une taxe sur divers acteurs des télécommunications - dont les chaînes privées - et garantie de l'état sur la pérennité du financement.
  • Nomination des présidents de France Télévisions, Radio France et de l'audiovisuel extérieur de la France par décret pour 5 ans par le chef de l'état. Avec des verrous au niveau du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) et de l'assemblée nationale.
  • Le groupe France Télévisions devient une entreprise unique tout en conservant ses différentes chaînes.
  • Les variations de la redevance seront indexées sur le taux d'inflation.
  • Le Gouvernement pourra réformer par voie d'ordonnances la gouvernance du Centre National de la Cinématographie (CNC).

L'esprit de cette reforme c'est la suppression de la publicité des écrans publics et c'est ce sur quoi je m'appesantirai. Avant, je m'autorise quelques mots sur deux autres points qui donnent un éclairage particulier au fond de la réforme:

Compensation du manque à gagner

J'ai trouvé le débat sur cette question assez surréaliste. Je peux comprendre les inquiétudes des employés de l'audiovisuel public, mais à priori, lorsque l'État garanti la rémunération du livret A à un taux de 4% jusqu'en février 2009, une part importante des français courent acheter du livret A ? En quoi la parole de l'État aurait-t-elle moins de valeur lorsqu'il s'agit de financer France Télévisions ? Attention, je n'appelle pas à écouter béatement la parole publique, je demande juste plus de cohérence dans les critiques. De plus, il me semble que c'est l'État qui finance majoritairement l'audiovisuel public, ce ne sont donc pas les occasions qui lui font défaut pour se désengager de France Télévisions.

Nomination des dirigeants de l'audiovisuel public par le chef de l'Etat

Dixit ceux qui défendent ce texte à l'assemblée nationale et dans les médias, cette disposition est motivée par un désir de transparence. En effet, nous explique-t-on, les dirigeants de l'audiovisuel public étaient déjà nommés indirectement par l'exécutif via le CSA. Avec cette reforme les choses seraient plus limpides car plus directes. En clair, nous avions un système incestueux mais caché entre les présidents de l'audiovisuel public et l'exécutif. Après cette loi nous aurons un système tout aussi incestueux mais légal. C'était bien la peine de réformer !

La première chose troublante avec cette disposition est qu'elle n'était pas dans le discours qu'avait prononcé le président de la république il y a un an. Mon sentiment est que cette disposition n'a rien à faire dans ce texte de loi et qu'elle constitue une régression. Je suis convaincu que l'exécutif savait que cette disposition provoquerait un tollé. Une justification possible à sa présence serait que cette disposition détourne avantageusement les récriminations de l'opposition de la véritable réforme : la suppression de la publicité des écrans publiques. A suivre.

Suppression de la publicité sur les écrans publiques

De la vision que j'en ai, il y a au minimum trois acteurs dans cette affaire:

Le groupe France Télévisions: Si on se borne à la suppression de la publicité, la réforme a un impact quasi nul sur les affaires du groupe. En effet, chaque euro perdu sera remboursé par l'État. De plus, France Télévisions était financé aux 2/3 par l'État et à 1/3 par la publicité, ce n'était donc pas cette dernière qui dictait la programmation des chaînes du groupe. Bref ! Le véritable changement pour les équipes du groupe ce sont des programmes qui débutent plus tôt, après 20h et la reconversion/licenciement des employés de la régie publicitaire. Je ne suis pas persuadé qu'une loi était nécessaire pour arriver à ce résultat, c'est pourquoi j'imagine que cette réforme n'a pas été pensée pour avantager France Télévisions.

Le téléspectateur: Les enquêtes Médiamétrie montrent que l'écrasante majorité des meilleures audiences se fait sur TF1. Et ceci explique peut-être cela mais ce sont principalement les évènements sportifs, les shows télévisés et les journaux télévisés qui tiennent le haut du pavé. Cela signifie que malgré cette nouvelle loi, les téléspectateurs continueront à subir la publicité sur la grande majorité des programmes qu'ils apprécient. Pire, ils devront souffrir une seconde slave de publicité à 30 minutes d'intervalle pendant les fictions. A vrai dire, cette loi ne semble pas non plus avoir été pensée pour soulager la majorité des téléspectateurs.

Les chaînes privées: Dans sa configuration actuelle, le marché de la diffusion de la publicité est faussement concurrentiel. D'abord il faut savoir que chaque chaîne fixe ses tarifs en fonction de l'audience potentielle de ses programmes. C'est pourquoi, il est courant que la même publicité, diffusée à la même heure, ne coûte pas le même prix selon qu'elle est diffusée sur TF1 ou France 2. De plus, sur le marché de la diffusion, il existe deux types d'acteurs: Les chaînes privées qui ont besoin de la publicité pour être rentables et les chaînes de France Télévisions financées aux 2/3 par l'État et dont la rentabilité est relativement indépendante de la publicité. Le fait que les chaînes du groupe France Télévisions soient moins dépendantes de la publicité fait qu'elles peuvent se permettre d'être très agressives sur les tarifs qu'elles pratiquent pour les écrans de publicité. Suite à cette nouvelle loi, les parts de marché des chaînes privées devraient mécaniquement augmentées. Un acteur en moins produit automatiquement plus de place pour les restants. Mais surtout, elles auront les coudées franches pour négocier des tarifs à la hausse avec les annonceurs. Vous m'excuserez de ne pas verser de larme pour les annonceurs, les véritables dindons de la farce. Je me bornerai à constater que cette loi se présente comme une excellente nouvelle pour, par exemple, TF1 qui concentre déjà 54% des revenus de la publicité.

En général, j'ai tendance à réfuter les théories du complot. Parfois simplistes. Mais dans ce cas précis, force est de constater que s'il n'y a pas là un cadeau de l'exécutif aux chaînes privées, c'est fort bien imité.

To be or Note2be.com

2008-03-08 08:57:16, par Hyacinthe MENIET - [Général]

A l'heure où le rapport Attali souligne, dans sa proposition de décisions n°5, que « l'évaluation des professeurs ne peut pas reposer uniquement sur les notes qu'obtiennent leurs meilleurs élèves ni sur l'examen d'inspecteur (...) mais (qu') elle doit aussi reposer sur une évaluation de leur pédagogie par leurs élèves » , note2be.com offre la possibilité à tous les élèves, pour la première fois en France, de noter leurs professeurs.

Extrait du site Note2be.com.

Si vous suivez régulièrement les informations télévisées, à la radio ou sur Internet, vous avez probablement eu vent des déboires du site Note2be.com. Rappel des faits pour les autres :

William Shakespeare Ainsi que le laisse supposer l'extrait en italique ci-dessus, Note2be.com est un site Internet consécutif à une proposition du rapport Attali. En effet, dans son rapport, la commission Attali proposait que l'évaluation des enseignants ne soit plus réservée aux seuls inspecteurs mais soit étendue aux élèves. Note2be.com a saisie la balle au bond et a mis à disposition des élèves un outil qui leur permet d'apprécier les qualités pédagogiques de leurs enseignants. Probablement à cause du buzz autour de cet outil, plusieurs syndicats d'enseignants sont montés au créneau pour obtenir sa fermeture, au premier rang desquels la SNES-FSU, le SGEN-CFDT, le SE-UNSA et le SNALC. En début de semaine, le TGI de Paris (e.g. le tribunal de grande instance de Paris) a statué et a ordonné la suppression sous 48 heures de toutes les données nominatives figurant sur ce site. Passées ces 48 heures, Note2be.com devra payer une astreinte de 1000 euros par jour par infraction constatée. La société Note2be est par ailleurs, invitée à payer à chacun des demandeurs une somme d'1 euro « à titre d'indemnisation provisionnelle ». Hier, la CNIL (e.g. la Commission nationale de l'informatique et des libertés) - l'autorité française compétente en matière de protection des données personnelles - a jugé l'initiative Note2be.com illégitime. En attendant la décision des juges suite à l'appel du co-fondateur du site, Stéphane Cola, il me semble opportun d'indiquer en quoi je suis solidaire de l'indignation des enseignants et des décisions prises par les autorités en charge du dossier.

Non à l'infantilisation des professeurs. « Les jeunes d'aujourd'hui, aiment le luxe, ils sont mal élevés, méprisent l'autorité, n'ont aucun respect pour leurs aînés et bavardent au lieu de travailler. », est une phrase que vous avez probablement déjà entendu sous un libellé différent mais avec le même sous entendu : les nouvelles générations se fichent de tout et ne respectent plus rien. Ce qui est amusant c'est que cette phrase est de Socrate (469-399 av. J.C.) ce qui prouve que le conflit de génération est un phénomène récurrent et n'est pas une conséquence des jeux vidéos ou que sais-je encore. Reste que, derrière ces plaintes, on devine une inquiétude, une désespérance de nombreux adultes qui pensent qu'une vie qui n'est pas guidée, balisée par quelques valeurs est vouée à l'errance et à ses malheurs. A raison, de mon point de vue. Généralement, un enfant accepte volontiers les règles de vie distillées par ses parents. Cela se vérifie en particulier si ces derniers se conforment eux-mêmes aux règles qu'ils prescrivent. C'est à l'adolescence que les choses se compliquent car l'adolescent est soumis à de nombreux discours souvent contradictoires. J'ai envie de dire, idem que ci-dessus, cet état a toujours existé, c'était déjà ainsi il y a deux siècles, par exemple. La nouveauté qu'a apportée l'époque actuelle, c'est la médiatisation de ces discours jadis parasites qui à force prennent plus de place que les valeurs que les familles souhaitent transmettre : « C'est normal de désobéir quand on a des parents ringards comme ceux qu'on a vus à la télé hier ». Entendu à la télé.

Le fait d'autoriser les élèves à noter leurs professeurs de manière aussi directe que ces derniers, revient à aplatir le système scolaire en mettant les élèves au même niveau que les enseignants, ce qui est une erreur pour deux raisons :

  • Pour moi le rôle d'un professeur est d'accompagner chacun de ses élèves. Il participe activement à la formation d'un être humain en le guidant, en lui donnant un reflet de son comportement social et en lui apportant les savoirs et les compétences qui lui permettront de comprendre le monde dans lequel il vit et de participer à sa transformation. De plus, il faut garder à l'esprit qu'un élève passe le tiers de sa journée face à un professeur. Cela fait mécaniquement des professeurs un rempart intéressant contre les messages parasites dont je parle ci-dessus. C'est pourquoi, devant l'étiolement du discours parental, je pense au contraire qu'il faudrait renforcer la place des enseignants.
  • L'école est traditionnellement conçue comme une structure pyramidale dans laquelle des enseignants ont pour tâche d'instruire et d'éduquer des élèves. Or l'éducation suppose une relation d'autorité entre ceux qui enseignent et ceux qui apprennent. Au demeurant, je peux comprendre le besoin d'un peu plus souplesse afin que les voix des élèves soient également entendues mais de mon point de vue cela doit s'inscrire dans un ensemble cohérent, structuré et consensuel. Le haro sur Note2be.com poussé par les syndicats d'enseignants prouve à suffisance le manque de concertation et de consensus de cette initiative.

La liberté des professeurs est-t-elle bornée par celle des élèves ? Je le disais tantôt, le rôle d'un professeur c'est parfois d'enseigner des règles de savoir vivre qui concourent à l'équilibre intellectuel et sentimental des élèves et qui permettront au futur citoyen adulte d'être à l'aise en société. Parmi ces valeurs, il y a le fait que vivre en société consiste à abandonner une partie de son indépendance naturelle pour se soumettre volontairement à des lois qui sont, au moins idéalement, les mêmes pour tous. Que vivre en communauté c'est accepter que sa liberté s'arrête là où commencent celles des autres. Du point de vue de l'élève, ce respect de la liberté d'autrui s'impose d'abord pour des raisons éthiques : non seulement « le principe de liberté » n'est pas que l'énoncé du dernier devoir de philosophie, mais il est également l'objet d'un apprentissage tout au long de la vie qui suppose que le futur citoyen adulte soit à la fois nourri de liberté et ait déjà mesuré ses contours. A cette raison éthique s'ajoute une raison pragmatique : le respect de la liberté d'autrui est un outil efficace pour contribuer à créer un climat de confiance et de responsabilité à l'intérieur de l'établissement scolaire, permettant en cela de prévenir et de combattre la violence à l'école. Le message que tente de faire passer la CNIL aux créateurs du site mais, in fine, aux élèves est simple : il faut, au moins à posteriori, recueillir l'agrément de la personne pour utiliser une information qui l'identifie. Le fait que les élèves qui ont participé à ce site ne se soient pas interrogés sur la légitimité de ce qu'ils faisaient, avant de le faire, montre bien que ce rapport à l'autre et à sa liberté n'est pas correctement assimilé. Avis aux professeurs qui me lisent. Je suis persuadé que de nombreux élèves ayant contribué au site Note2be.com auraient refusé que leurs relevés de notes - bons comme mauvais, peu importe - soient exposés sur Internet avec en prime les appréciations des professeurs. Partant de ce postulat, je me demande comment ces derniers n'ont pas vu qu'il était plus que probable que cela incommoderait également leurs professeurs ? Excès de naïveté ou volonté d'irriter ? Avis aux élèves qui me lisent.

Noter les professeurs en interne et de manière indirecte. Suite au battage médiatique autour de l'affaire Note2be.com, j'ai eu l'occasion de discuter avec d'anciens collègues, aujourd'hui enseignants et des professeurs qui m'ont enseignés. Ce qu'il y a de frappant c'est qu'ils sont tous d'accord pour faire de l'école un environnement où les élèves peuvent jouer un rôle plus actif. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la note n'est pas le nœud du problème. D'ailleurs dans certaines grandes écoles et universités, les professeurs sont déjà évalués par leurs étudiants. Simplement, de la même façon que la note attribuée à un élève est le résultat d'un rituel connu à l'avance par les professeurs et les élèves, il est indispensable que cette notation des professeurs fasse elle aussi l'objet d'un cérémonial encadré et connu d'avance. Plusieurs idées me viennent à l'esprit mais je n'expliciterai qu'une : Aujourd'hui la notation des enseignants relève de l'inspection générale et/ou du responsable d'établissement. Ce n'est vraisemblablement pas assez pertinent vu l'enthousiasme autour de Note2be.com. Afin de coller à l'engouement pour le Web, on peut imaginer un Intranet dans lequel chaque étudiant, clairement identifié et à des moments bien précis de l'année, répondrait à un QCM (e.g. questionnaire à choix multiples). Je ne suis d'ailleurs pas opposé à ce que ce QCM soit régulièrement révisé et qu'il intègre à chaque mise à jour les remarques des uns et des autres, dont celles des élèves. Ni à ce que le professeur X ne sache pas ce qu'a dit l'élève Y à son sujet. Histoire de dépassionner les débats en classe. Passons. Idéalement ce QCM ciblerait à la fois le fond mais aussi la forme des enseignements et permettrait de dégager non pas une note mais plusieurs appréciations : sur l'organisation et la clarté du cours, sur la stimulation intellectuelle, sur l'interaction ... Liste non exhaustive. Les informations ainsi collectées seraient intégrées via un coefficient dans la notation finale du professeur et permettrait à chaque professeur d'inventer comment rendre son cours plus attrayant. En somme, je suis favorable à tout projet qui vise à ce que les élèves ne se substituent pas aux professeurs mais soient plutôt des acteurs que l'accès à la connaissance doit éclairer et dont le corps professoral doit favoriser la prise d'initiative.

Plus généralement, il me semble que la relation enseignant-élève induit dans son essence une inégalité de statut, ce qui n'empêche nullement que l'élève reste légal de l'enseignant en matière de droits fondamentaux. Pour moi l'école doit former des individus libres, responsables mais respectueux des libertés d'autrui. C'est pourquoi l'idée que des élèves puissent évaluer leurs professeurs me semble opportune si elle ne résume pas qu'à un système permettant aux élèves de voter pour leurs professeurs favoris mais donne à chaque élève la possibilité de jouer un rôle actif dans son environnement scolaire. De plus, quelque soit la forme donnée à cet espace de participation dédiés aux élèves, je pense qu'il est important de garder à l'esprit que les enseignants ne sont ni des prestataires de service, ni des produits. C'est pourquoi il serait inconvenant de leurs appliquer la même mécanique d'évaluation que la dernière Playstation, par exemple.

La télévision publique en mutation

2008-01-21 07:24:32, par Hyacinthe MENIET - [Général]

Pendant sa conférence de presse du 8 janvier, le président de la république, Nicolas Sarkozy, a stupéfait l'assemblée en annonçant la disparition de la publicité des grilles de la télévision publique. Dans la mesure où la publicité représente environ 1 milliard d'euros du budget total de ces chaînes, il se posa assez logiquement la question des sources de financement destinées à se substituer à la manne publicitaire. Si une taxe sur la publicité des chaînes privées et les revenus des opérateurs de télécommunication a rapidement été évoquée, elle s'est promptement avérée insuffisante pour compenser le milliard d'euros ainsi perdu. Une semaine plus tard, le quotidien Les Echos indiquait que le gouvernement envisageait une nouvelle taxe sur tous les produits modernes pouvant recevoir la télévision : téléviseurs, ordinateurs et téléphones portables. Information confirmée par le ministère de la culture dans la foulée.

Dans la pratique, les contours exacts de ce projet restent inconnus. Le temps pour les ministères impliqués de recueillir les objections de chacun et nous devrions connaître dans les semaines qui viennent l'impact qu'aura une télévision publique vierge de pub sur nos porte-monnaies. La suppression effective de la publicité étant prévue pour début 2009, de mon point de vue il est acquis qu'il y aura une taxe. L'interrogation porte plutôt sur le sujet de la taxe. En choisissant de taxer à la fois les chaînes privées, les opérateurs de télécommunication et les consommateurs de télé, le gouvernement semble privilégier la voie du milieu. Néanmoins je me dis qu'il ne serait pas superflu de s'assurer que cette taxe ne se transforme pas en double peine pour les consommateurs. En effet il n'est pas saugrenu d'imaginer que les fournisseurs d'accès à Internet réinjectent cette taxe dans le prix des abonnements où dans leurs tarifs au détail. Ces augmentations s'ajouteraient alors à la taxe déjà prélevée sur les produits technologiques susmentionnés. D'où la double peine. C'est l'objet de ce billet : qu'est-ce que la télévision publique et comment la financer plus justement ?

TNTIl ne vous aura pas échappé que la montée en puissance des canaux numériques (e.g. la télévision numérique terrestre, les chaînes du câble et du satellite) affaibli les grandes chaînes généralistes et plus particulièrement les chaînes publiques. De fait, cette redistribution des audiences contribue à dissuader les chaînes généralistes d'investir dans le domaine de la cohésion sociale au profit de programmes plus accrocheurs ou plus rémunérateurs. Je pense à la télé réalité, je pense à la multiplication des écrans de pub et je pense à la nième rediffusion des aventures de l'inspecteur Derrick. Toutes ces dérives qui contaminent la télévision publique vont à l'encontre de ce pourquoi elle a été créée. J'y reviens plus bas. Ensuite, jusqu'à il y a un peu moins de trois ans, le PAF (e.g. le paysage audiovisuel français) se résumait à six chaînes de télévision : TF1, France 2, France 3, Canal + en clair, France 5/Arte et M6. C'est à dire qu'avec une simple antenne râteau vous ne pouviez recevoir que les six chaînes précédemment citées. Depuis l'arrivée de la TNT, avec la même antenne râteau couplée à un décodeur numérique, vous avez dorénavant accès à dix-huit chaînes gratuites. La plus-value pour le consommateur est évidente : plus de chaînes entraîne plus de programmes et in fine, suggère plus d'opportunités que ses aspirations se concrétisent dans une émission. Pour les chaînes publiques, cet enrichissement de l'offre s'accompagne plutôt d'une moins-value, puisqu'elles ne représentent plus que le quart du panel audiovisuel, contre la moitié il y a trois ans. Ce sont ces mutations dans la télévision telle qu'elle est consommée qui imposent aux responsables de médias publiques de repenser la télévision telle qu'elle est produite : son rôle, son positionnement, son contenu. Et c'est ce qui conduit à se dire qu'il n'est peut-être pas justifié de subir l'acharnement publicitaire y compris sur des chaînes que vous financez via des impôts et des taxes.

Steuart Britt, un journaliste américain, disait que « Faire du commerce sans publicité, c'est comme faire de l'œil à une femme dans l'obscurité. Vous savez ce que vous faites, mais personne d'autre ne le sait. » A priori, je distingue plusieurs nuances de pubs et à fortiori je ne suis pas pour qu'on les supprime toutes. Je pense par exemple que les publicités pour la sécurité routière ou celles qui incitent à ne plus fumer dans les espaces publics sont de bonnes annonces qui méritent d'être diffusées sur les chaînes publiques. De plus, une fois produites, ces publicités d'utilité publique ont vocation à être diffusées. Si elles n'empruntent pas le canal public, elles seront diffusées à travers des canaux privés et ce sera plus cher en plus d'être contre-productif. Non, je pense qu'il faut conserver un minimum d'espace pub dans les chaînes publiques avec un droit de regard sur le contenu. L'idée étant de ne diffuser que celles qui représentent un intérêt d'ordre général. Groupe de mots qu'il reste à expliciter. Ensuite, après avoir expurgé la télévision publique de ces pubs les moins intéressantes, les responsables des médias publics pourraient s'attacher à réconcilier le service public avec ce qu'il devrait être. Dans mon esprit, en profitant du potentiel offert par les réseaux numériques, les chaînes de télévision publique doivent continuer à développer des programmations qui rencontrent le public le plus large. Elles doivent ainsi se donner pour objectif de contenir les processus de segmentation et d'isolement culturel des différentes composantes du public. Le secteur public de la télévision peut perdre sa légitimité de diffuseur s'il ne rassemble plus autour des mêmes programmes. Il a également un rôle capital dans la conservation d'une industrie de programmes de haut niveau et doit maintenir une capacité centrale d'éditeur de programmes.

Terminons par le financement de la télévision publique. Je ne suis pas adepte des prélèvements en général et des taxes sur les produits technologiques en particuliers, comme en témoignent plusieurs de mes billets. Néanmoins je suis conscient de la nécessité de compenser la perte des revenus issus de la pub. De plus, il ne me semble pas choquant d'envisager que la télévision publique soit financée en majorité par des fonds publics. C'est pourquoi je suis favorable à la nouvelle taxe sur les produits qui permettent de recevoir la télévision. Je sais que les français sont friands de technologie et je me dis que si les envies des consommateurs continuent sur cette voie, la télévision publique aura les moyens des ambitions dont je parle ci-dessus. En revanche je suis contre la redevance audiovisuelle sous sa forme actuelle. Je pense que cet impôt s'est installé dans une sorte d'aise qui lui fait oublier, aujourd'hui, les raisons de sa mise en œuvre. La redevance audiovisuelle est à l'origine une participation des téléspectateurs servant à financer les médias publics. C'est donc un ticket d'entrée dont toutes les personnes qui résident en France et disposent d'un téléviseur doivent s'acquitter. Restons dans l'analogie avec l'univers du spectacle. Si vous avez assisté, in vivo, à un match de foot, de basket ou à un concert (liste non exhaustive), vous savez que les meilleures places sont les plus onéreuses et cela se comprend. Je pense que la redevance audiovisuelle devrait suivre le même principe. Je trouve singulièrement incongru de verser la même somme pour un tube cathodique « noir et blanc » de dix ans comme pour un écran plat plasma fraîchement sorti d'usine. Ne serait-ce que parce que les possesseurs des téléviseurs susmentionnés n'assistent pas au même spectacle. Je considère que le montant de la redevance audiovisuelle devrait être indexé sur le confort que procure l'objet, de la même façon que le prix final d'une automobile varie en fonction de la nocivité dudit véhicule sur l'environnement. Enfin, je me dis que la redevance télé devrait être dégressive jusqu'à s'annuler, justement parce que la qualité de l'image affichée décroît avec le temps. A méditer.

Bonne et heureuse année 2008

2008-01-01 00:11:23, par Hyacinthe MENIET - [Général]

bonne année 2008

Si je pouvais suggérer une bonne résolution pour l'année qui débute, ce serait d'en profiter autant que possible et surtout ne pas se prendre au sérieux. Je joins à cette carte postale de Grenoble, mes meilleurs voeux pour l'année 2008. Que cette année vous apporte santé, chance, bonheur, prospérité et amour.