Politique • 29 août 2019

Les retraites : après moi, le déluge

Les retraites : après moi, le déluge

Si vous y prêtez attention, vous remarquerez que chaque président de la République a à cœur de laisser une trace dans l'histoire. Vous savez, ces quelques mots qui accompagnent leur état civil dans le dictionnaire. Je ne leur jette pas la pierre vu que c'est un besoin humain : l'héritage, ce qui reste au-delà de chacun. Je me suis récemment demandé ce qu'il subsisterait du quinquennat actuel ? Sans jouer à l'anti-macron primaire, je dois admettre qu'immédiatement je pense à la crise des gilets jaunes. Pas très flatteur … C'est pourquoi je soupçonne Emmanuel MACRON de vouloir purifier son héritage en se posant comme celui qui a réussi LA réforme systémique des retraites. C'est ce dont je parle dans ce billet.

La réforme systémique des retraites

Je m'en souviens comme si c'était hier, en septembre 2017, Emmanuel MACRON nomme Jean-Paul DELEVOYE, haut-commissaire à la réforme des retraites. Et lui demande de piloter une large consultation puis de formuler des propositions pour transformer le système de retraite actuel en un système plus juste, plus équilibré et plus pérenne. L'idée d'Emmanuel MACRON est alors d'équilibrer durablement le régime des retraites qui à intervalles réguliers passe dans le rouge.

C'est parce que je m'en souvenais bien, que j'ai été surpris le 28 août dernier, d'entendre le même Emmanuel MACRON, au détour d'une interview post-G7 à Biarritz, sembler se désolidariser d'une des propositions phares du rapport qu'il avait lui-même commandé : l'âge d'équilibre à 64 ans. Pourquoi ce revirement ? Quelle mouche a bien pu piquer le président ? Avant de répondre à cette question, je pense judicieux de rappeler d'où on démarre et où Jean-Paul DELEVOYE souhaitait nous emmener.

Les propositions de DELEVOYE

J'aime bien démarrer par quelques chiffres. J'ai le sentiment que cela permet de mieux saisir les enjeux financiers derrière ce dont on parle. Le régime actuel des retraites c'est financièrement :

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'on peut difficilement se qualifier de nation ou de société si l'on ne se préoccupe pas du sort des plus anciens. En effet, chaque individu est censé manger et nourrir les siens avec le produit de son labeur, mais que se passe-t-il quand il n'en a plus la capacité physique ou mentale ? C'est pourquoi depuis que les hommes se regroupent en peuples, une solidarité a toujours été de mise pour accompagner les aînés vers leurs fins de vies respectives.

Le système de retraite tel que nous le connaissons aujourd'hui a été mis en place progressivement depuis 1945. Il existe des centaines de régimes de base et des milliers de régimes complémentaires. Oui, oui, vous avez bien lu. Mais ils peuvent dans l'ensemble se répartir en 3 catégories :

Ces régimes fonctionnent pour l'essentiel sur le principe dit de répartition et de solidarité intergénérationnelle et non sur le principe dit de capitalisation. Dit autrement, un actif ne met pas de l'argent de côté pour sa propre retraite. Au contraire, un pourcentage de son salaire brut est prélevé chaque mois et versé sous la forme de pension mensuelle aux aînés. Ensuite, dès que cet actif devient retraité, il obtient la faculté de percevoir, lui aussi, les versements des actifs à ce moment-là.

Le rapport DELEVOYE est un long document, assez détaillé que je vais essayer de résumer ainsi :

Tout ça pour ça ?

Oui, tout ça pour ça ? Est la question que je me suis posée en entendant Emmanuel MACRON préférer l'allongement de la durée de cotisation à l'âge d'équilibre. Surtout que ce choix repousse l'équilibre financier des caisses des retraites. Comprenons-nous bien, sur ce point, je n'ai pas de religion. Les 2 approches me semblent équivalentes. Attention, je n’ai pas dit qu'elles étaient identiques, j'ai dit équivalentes. Je pense qu'elles sont équivalentes, car elles partent du même postulat : comme nous vivons plus longtemps alors nous devrions rester actifs plus longtemps. Non, ce qui me dérange c'est qu'on ait dépensé "un pognon de dingue" pour cette commission pendant 1 an et demi et que finalement nous revenions aux solutions habituelles pour répondre au défi de l'allongement de la durée de vie. Regardons dans le rétroviseur. Pour inciter les futurs retraités à travailler jusqu'à 64 ans afin de gagner plus à la retraite, il y a toujours eu 3 méthodes :

Donc oui, tout ça pour ça ? Quelle mouche a bien pu piquer Emmanuel MACRON ? Je ne suis pas dans son esprit, mais je vais quand même me risquer à quelques conjectures :

À titre personnel et n'en déplaise aux syndicats des salariés, je pense qu'on se trompe de débat. Je pense que si les objectifs sont réellement l'équilibre budgétaire et la pérennité alors il faut jouer sur les 2 leviers : âge d'équilibre (rapport DELEVOYE) et durée de cotisation (Marisol TOURAINE en 2014). Je pense également qu'Emmanuel MACRON se trompe s'il pense avoir acheté la paix sociale avec cette pirouette. La réalité c'est que les sujets durs sont devant lui : la fusion de tous les régimes, l'harmonisation des âges de départ à la retraite sans décote, l'harmonisation des pourcentages de cotisation, l'évolution de la valeur du point de retraite, etc. Ça, c'est réellement de la nitroglycérine sociale. Et c'est donc à manier avec beaucoup de précautions.

Les perdants et les gagnants du choix d'E. MACRON

En privilégiant la durée de cotisation au détriment de l'âge d'équilibre, Emmanuel MACRON fait des heureux et des malheureux. Les perdants sont ceux qui ne peuvent plus bénéficier de la protection qu'assurait l'âge d'équilibre :

À l'inverse, ceux que l'âge d'équilibre obligeait à cotiser plus longtemps que 43 ans sont les grands gagnants de ce choix :

Un conseil ?

Non pas 1, mais bien 2 conseils à l'exécutif ! En toute modestie et gratuitement bien-sûr car ce n'est que mon avis :