Verified by Visa, la securité en 3D

2010-01-22 07:57:14, par Hyacinthe MENIET - [Général]

Logo verified by visa Si vous regardez régulièrement les journaux télévisés (JT), vous avez peut-être suivi le récent reportage consacré au Britannique Ross Anderson, chercheur en sécurité informatique à l'université de Cambridge. En effet, ce dernier dit avoir trouvé un moyen de contourner la sécurité des cartes bancaires à puce. Quoiqu'il en soit, cette possible faille dans les systèmes de cartes bancaires à puce est prise très au sérieux par les banques Européennes, dont les françaises. La France où le nombre de cartes de paiement à puce est estimé à 60 millions.

A propos de la faille et pour faire court, sur votre carte de paiement sont renseignées des informations sensibles. Cela inclus, des données relatives au propriétaire, le code confidentiel de la carte - sous forme chiffrée - et une valeur signature. C'est la valeur signature qui authentifie la carte et sa particularité est qu'elle peut être calculée à partir des autres informations contenues dans la carte et ce directement par le terminal présent chez le commerçant. Dit autrement, pour authentifier votre carte bancaire et pour peu que la transaction ne dépasse pas un certain montant, le terminal du commerçant n'a pas besoin de contacter votre banque. Dans l'écrasante majorité des cas, ce système est fiable, le chercheur Britannique a cependant découvert qu'en plaçant judicieusement un leurre sur la carte à puce, il était capable de corrompre le dialogue entre la carte et le terminal et faire croire au terminal qu'il a rentré le bon code. Ce reportage dans les JT n'est ni le premier, ni le dernier sur le sujet. Néanmoins, il permet d'une part, d'entrevoir l'intérêt croissant des pirates et des chercheurs pour notre bonne vielle carte à puce, d'autre part, il me donne l'opportunité de rédiger un billet sur 3D Secure Code : Le dernier système de sécurisation des achats par carte bancaire sur Internet, déjà en vigueur chez ma banque et peut-être chez la votre aussi ?

Avec le développement des nouvelles technologies et du e-commerce, nous avons de plus en plus l'occasion d'effectuer des achats sur le web. Sur Internet, vous pouvez acheter ou louer de tout : Les mêmes biens et services déjà vendus in vivo (exemple : jouets, vêtements, électroménager) mais aussi des services qui n'ont de sens que sur le web, c'est le cas des noms de domaines. En effet, les noms de domaines se louent à l'année, auprès d'un registrar dont la boutique se résume généralement à un site Internet. Par exemple, le nom de domaine dotmyself.net a été créé en février 2005, par votre serviteur, chez le registrar Gandi. Et ainsi depuis cette date, un peu avant le jour anniversaire, je m'acquitte du loyer. Cette année les choses ont un peu évolué, je vous refais le film :

Je commence par m'identifier auprès de Gandi afin d'accéder à l'espace sécurisé et dédié au renouvellement des noms de domaines. Là, j'entre les 16 chiffres qui composent le numéro de ma carte bancaire, je précise à quelle date expire cette dernière, je renseigne les 3 chiffres qui constituent le cryptogramme visuel de ma carte et je valide. D'habitude l'inquisition s'arrête là, la banque de Gandi me présente une page dans laquelle elle m'indique que tout s'est bien déroulé, nous nous disons « bye bye » et nous nous promettons la même « joie de donner et plaisir de recevoir », pour l'année prochaine. Non, cette année j'ai vu apparaître une nouvelle fenêtre provenant non pas de Gandi mais de ma banque et qui me demandait un code confidentiel. Oui mais lequel ? Sachant qu'il ne faut jamais transmettre le code confidentiel de sa carte bancaire et surtout pas sur Internet. Je le sais maintenant, c'était le fameux 3D Secure Code qui m'était demandé. Avant d'entrer dans les détails de 3D Secure Code, autorisez-moi, la petite digression qui suit.

Je le disais tantôt, la sécurité des moyens de paiement est un sujet très sensible et pris très au sérieux par les banques. En France, le code confidentiel associé à la carte à puce constitue probablement l'un des systèmes les moins prenables au monde. Comment ça marche ? Les cartes bancaires sont fabriquées dans des locaux très sécurisés, un code confidentiel est automatiquement généré pour chaque carte. Puis, ce code est enregistré dans la puce et envoyé au titulaire de la carte dans un pli scellé. De fait, ni votre agence, ni votre conseiller, ni personne à part vous ne devrait connaître les 4 chiffres qui composent le code confidentiel de votre carte. Contrairement à une idée très répandue, le code confidentiel ne sert pas à autoriser une transaction. Pour preuve, vous pouvez acheter des biens par téléphone, avec le numéro de votre carte de paiement mais sans avoir à donner votre code confidentiel. Non, le code confidentiel sert à vous identifier, vous. Dit autrement, en cas d'utilisation frauduleuse de votre carte bancaire pour un achat nécessitant votre code confidentiel, vous êtes responsable des opérations effectuées avant la date de votre opposition. Et il peut y avoir des franchises. C'est une situation particulièrement commode pour votre banque, puisque c'est à vous de prouver que vous êtes innocent.

Retour sur Internet. Traditionnellement, afin de valider un achat chez un cybermarchand, vous devez indiquer : votre numéro de carte bancaire, sa date d'expiration et le cryptogramme visuel associé. Bref, aucune de ces informations ne vous identifie et toutes ces informations sont lisibles directement sur votre carte à puce par quiconque aurait eu votre carte entre les mains plus de 30 secondes. C'est pourquoi, en cas d'utilisation frauduleuse de votre carte bancaire dans ce contexte, la loi est très claire, la banque doit vous restituer toutes les sommes qui ont débitées. Vous l'aurez compris, cette situation est assez inconfortable pour votre banque. En effet, dans ce cas de figure, vous êtes présumé innocent et c'est à votre banque de prouver que vous êtes coupable.

C'est là qu'intervient 3D Secure Code. 3D Secure Code est l'astuce technique qui permet de renverser le rapport de force en faveur de la banque. Grâce à 3D Secure Code, les banques vont pouvoir aligner la responsabilité du client chez un cybermarchand sur ce qui se fait chez un marchand in vivo. Comment cela fonctionne ? Lorsque vous vous connectez à un site arborant les logos « Verified by Visa » ou « MasterCard Secure Code » après authentification de votre carte bancaire, vous serez redirigé vers le site de votre banque. Là, selon la solution retenue par votre banquier, cette page vous demandera un code confidentiel ou un code unique limité à la session. Si la banque vous authentifie, elle acceptera la transaction. En cas d'échec ou à défaut de code, le paiement sera refusé. Pour connaître la politique en vigueur dans votre établissement bancaire, je vous suggère de vous connecter au site de ce dernier. Notez que le 3D Secure Code n'est pas le code confidentiel de votre carte bancaire, il s'agit d'un autre code qu'il faut récupérer auprès de sa banque.

A travers mon anecdote puis les explications sur le pourquoi et le comment de 3D Secure Code qui ont suivis, vous avez mesuré que cette astuce technique sert en priorité à sécuriser le business des banques. Mais pour nous, consommateur ou marchand en ligne, qu'est-ce que cela change ?

  • Pour les marchands en ligne : Les choses sont équilibrées. En effet, si les achats évoluent vers plus de fiabilité ils deviennent, à contrario, plus anxiogènes. Je m'explique, à chaque paiement, la carte bancaire est authentifiée auprès de la banque, c'est déjà comme ça aujourd'hui. Avec 3D Secure Code, le client lui aussi sera authentifié ce qui limitera les possibilités de contestation de ce dernier. C'est le point positif. Le point négatif, c'est que, faute de communication des banques, ce nouvel écran peut en effrayer plus d'un et provoquer des annulations.
  • Pour les consommateurs : Là l'évolution est pour le moins négative. Au demeurant, nous passons d'une situation confortable dans laquelle c'est à la banque de prouver que le consommateur est coupable, à un système où c'est au consommateur de prouver qu'il est innocent. Vive l'inversion de la charge de la preuve!

Des scanners corporels pour déshabiller virtuellement

2010-01-09 08:59:44, par Hyacinthe MENIET - [Général]

Je suis récemment allé au cinéma voir le film 2012. Afin de préserver l'intérêt du film pour ceux qui iront le voir, je ne vous en ferai pas le pitch mais je vous donne la fin que tout le monde devine : l'effondrement de nos civilisations telles que nous les connaissons est prévue pour 2012. Ce film, au demeurant intéressant, stigmatise l'incapacité de l'humanité à protéger la main qui le nourrit. Plus généralement, ce film montre que l'homme est inapte à assurer sa survie dès lors que l'échéance est lointaine ou diffuse. Je suis en accord avec l'affirmation selon laquelle l'humanité est assez malhabile dès qu'il faut se projeter sur le long terme, mettons plus de 10 ans. Le sommet de Copenhague en propose une affligeante illustration. En revanche à court terme, c'est une autre histoire.

Vous avez probablement entendu l'histoire du nigérian Omar Farouk Abdulmutallab qui a essayé de faire exploser le vol Amsterdam-Detroit, le 25 décembre dernier ? Le jeune homme, âgé de 23 ans, a fort heureusement été maîtrisé par d'autres passagers avant qu'il n'ait pu faire exploser la penthrite répandu sur sa jambe. Quoiqu'il en soit, les conséquences collatérales de cet attentat avorté n'ont pas tardées :

  • Mise à l'index des dirigeants des services de renseignement américain, du vice-président Joe Biden et de plusieurs ministres de premier plan par Barack Obama.
  • Les Etats-Unis ont décidé de ne plus transférer de prisonniers de Guantanamo vers le Yémen.
  • Sans ouvrir un troisième front - après l'Irak et l'Afghanistan - Les Etats-Unis planifient des frappes aériennes au Yémen.
  • Les Etats-Unis viennent de prendre des mesures durcissant les contrôles des voyageurs provenant de 14 pays dont le Nigeria et le Yémen.
  • Regain d'intérêt des pays occidentaux pour les scanners corporels. Citons parmi les pays concernés : Les Etats-Unis, le Royaume Uni, l'Allemagne, les Pays-Bas et ... La France.

C'est précisément l'arrivée des scanners corporels en France qui motive ce billet.

scanner corporel De quoi parle-t-on exactement ? En l'état, on distingue deux catégories de scanners corporels. La première catégorie, qui sera utilisée en France, emploie un rayonnement s'arrêtant à la surface de la peau. Ce type de scanner permet donc de distinguer tous les objets extracorporels que sont les bijoux, les sous-vêtements, les portefeuilles et les sachets de penthrite dissimulés dans une poche. La seconde est à base de rayonnements ionisants et pénètre la peau. Son principe de fonctionnement est assez proche de l'imagerie médicale ou des rayons X utilisés pour l'inspection de bagages. Ce dernier type de scanners offre naturellement des opportunités de perception accrues.

Continuons sur les dangerosités respectives : La direction générale de l'aviation civile (DGAC) considère la première catégorie de scanners comme inoffensive. Elle fonde cette affirmation sur la puissance des ondes qui seraient 500 fois moins puissantes que celles d'un téléphone portable. A contrario, le caractère ionisant de la seconde catégorie de scanners peut provoquer des brûlures ou des cancers en cas d'exposition prolongée ou régulière à ces ondes. Avis aux voyageurs réguliers. Enfin notons qu'aux Etats-Unis, les deux types de scanners sont déjà installés et opérationnels dans 19 aéroports. En France, plusieurs scanners de la première catégorie vont être commandés pour les aéroports parisiens et devraient être opérationnels d'ici à la fin du mois sur les vols à destination des Etats-Unis.

La majorité des articles que j'ai lus sur le sujet focalisent sur le non respect de l'intimité et la dangerosité pour la santé. Je pense qu'ils se trompent d'angles d'attaques pour ces 2 raisons :

  • A propos de la nocivité des ondes émises : Comme je l'écrivais tantôt, seuls les scanners de la première catégorie seront utilisés en France. A l'étranger, j'imagine qu'il sera possible de préférer la bonne vieille palpation en cas de doute sur la technologie utilisée pour scanner les corps ? De plus, j'utilise quotidiennement mon téléphone portable sans oreillette Bluetooth, je me dis qu'en cas de cancer du cerveau, j'en voudrais probablement plus à mes téléphones portables qu'aux quelques voyages que j'aurais fait vers les Etats-Unis ?
  • A propos du non respect de l'intimité : Là encore que de mauvaise fois! La majorité d'entre nous s'est déjà retrouvée nue ou pas loin, devant un soignant, pour des raisons médicales ? De plus, je considère la palpation comme un acte bien plus invasif et dégradant qu'une représentation 3D de soi tout nu. Comprenons-nous bien, je ne néglige pas et je partage l'aspiration légitime au respect de notre corps. Je dis simplement que cette attente est parfois contournée pour diverses raisons. Cette nouvelle brèche - l'image 3D par scanner - ne me paraissant pas plus dégradante que celles que nous acceptons déjà. Ceci étant affirmé, il conviendra évidemment d'encadrer l'utilisation de ces scanners avec toute la déontologie nécessaire.

Non, à l'aune de ces informations et pour élargir le débat, d'autres questions me taraudent:

  • Une guerre de retard : De ce que j'en comprends, seuls les scanners de la première catégorie sont réellement inoffensifs et ce sont justement ceux là qui seront utilisés dans la majorité des pays, y compris aux Etats-Unis. Dans la mesure où ces scanners se "contentent" de détecter les objets extracorporels potentiellement dangereux, comment empêcher un terroriste de construire sa bombe à partir d'élément préalablement ingérés ? Plus généralement, les scanners comme les autres mesures anti-terroristes sont des ripostes à des menaces déjà identifiées. Dit autrement, ces mesures anti-terroristes sont et resterons en retard par rapport à l'imagination des assaillants. Je me dis qu'il serait peut-être temps de s'attaquer aux causes réelles du terrorisme ? Aussi diverses et contradictoires soient-t-elles. Il serait temps, de s'intéresser à ce qui pousse un jeune homme avec un avenir doré à l'hypothéquer de manière aussi sordide ? Débat très lourd et trop long pour être entamé dans ce billet. Ce sera peut-être l'objet d'un prochain texte.
  • Conservation des données : Je le disais plus haut, la palpation est un acte hautement invasif et bien plus dégradant qu'une représentation 3D de soi sur un écran. Certes, mais à l'issue d'une palpation aucune image de vous n'est conservée. Qu'en est-t-il des images issues des scanners ? Posé autrement, si vous portez une prothèse mammaire, une perruque ou si vous trouvez vos rondeurs disgracieuses, seuls l'agent qui vous palpe le remarquera. Avec un scanner corporel et selon la politique de conservation des données en vigueur dans le pays, il est possible que tous ces constituants de votre intimité passent devant plusieurs paires d'yeux d'agents. Allons plus loin, il est même possible que ces photos se retrouvent sur Internet. Ce qui est autrement plus dommageable que la bonne vielle palpation ! Bref, comment nos gouvernants comptent-t-ils prévenir les possibles dérives consécutives à l'utilisation de ces scanners ? Comment éloigner les déviants et pédophiles qui ont là un moyen de se constituer une bibliothèque à moindre frais ?

Terminons ce billet par une citation de Thomas Jefferson : « Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l'une ni l'autre » . A bon entendeur !

Bonne et heureuse année 2009

2009-01-01 00:01:12, par Hyacinthe MENIET - [Général]

Bonne année 2009

Je profite de cette carte postale de Grenoble pour vous souhaiter une excellente année 2009 et je vous présente tous mes voeux de bonheur et de prospérité pour l'année qui débute. J'ai récemment utilisé un générateur de bonnes résolutions qui m'a proposé « d'accepter avec malice de ronfler dans le bus ». C'est la mienne, je la garde ! En espérant que celles que vous prendrez seront plus faciles à tenir.

Bilan de l'année 2008

2008-12-26 09:28:42, par Hyacinthe MENIET - [Général]

En rédigeant ce bilan, je me suis demandé si le choix de l'élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis comme le fait politique majeur de l'année 2008 a été le résultat d'un tri objectif ou juste la conséquence d'une poussée d'Obamania en moi ? Dit autrement, suis-je devenu le perroquet des médias qui récite docilement la leçon qu'il a précédemment mémorisée ou ai-je conservé ma neutralité malgré le battage médiatique autour d'Obama ?

A deux questions, deux réponses:

  • Oui, j'ai succombé à une forme d'Obamania. En effet, après huit ans passés dans le « bush » (mot anglais qui signifie buisson en français), je me réjouis que nous en sortions. Tant qu'à faire, en préférant Obama à McCain, j'ai choisi celui des deux candidats qui semblait le plus éloigné politiquement de Georges W. Bush.
  • Non, j'espère n'être le perroquet d'aucun média. Pour preuve, je m'attacherai à rester fidèle à ma pensée. A suivre.

Moins passionnément, en 2008 j'ai eu la sensation d'être happé dans un flux continu de nouvelles avec le sentiment de n'avoir pas accorder à chacune, le recul qu'elle imposait. Quelques exemples : la crise en Ossétie du Sud consécutive aux assauts Georgiens puis Russes, les adieux de Fidèle Castro après 49 ans à la tête de l'état cubain, la fin de la trêve entre la branche armée du Hamas et l'état d'Israël, les attentats en Inde dans des hôtels de Bombay, le scandale du lait chinois contaminé à la mélamine. Liste non exhaustive. Je n'aborderai aucun de ces évènements dans mon bilan car ils débordent tous du cadre habituel de ce blog. Néanmoins je tenais à rappeler ces moments forts de l'actualité vu que certains ont coûtés la vie à des centaines de personnes et que d'autres ont tendu un peu plus les relations internationales.

Politique - L'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis.

Barack Obama 80% des terriens (hors Etats-Unis) aurait voté Barack Obama à la dernière élection présidentielle des États-Unis. Les américains ont donné au camp démocrate 70% des grands électeurs ce qui fera de Barack Obama le 44ème président des États-Unis. Un constat s'impose, cette élection a passionné et mobilisé à l'intérieur des États-Unis et peut-être même plus à l'extérieur. C'est inédit. Je pense qu'au delà des scores qui semblent assez proches car élevés, les raisons d'adhérer à la vision de Barack Obama n'étaient pas les mêmes, selon qu'on est américain ou non.

Côté américain:

Barack Obama gagne l'élection aux États-Unis grâce à la crise économique et malgré son handicap racial. Je reviens sur la crise économique plus loin dans le billet, dans cette sous-partie, je m'intéresse aux aspects ethniques.

La ségrégation basée sur les origines n'est pas un accident de parcours dans la marche démocratique américaine mais bien l'un des éléments fondateurs de cette société. Le principe de base de cette stratification ethnique est l'égalité entre blancs et la mise à l'écart des indiens et des noirs. Le terme blanc incluait les protestants anglo-saxons, les catholiques irlandais, les français de Louisiane mais excluait les « Latinos » pourtant eux aussi originaires d'Europe. Cette organisation a permis à tout nouvel émigrant de trouver rapidement sa place dans la société américaine, en fonction de ses origines. A cause de la mondialisation et suite à des approximations dans les choix économiques, ce pacte d'égalité a volé en éclat. Aujourd'hui les Etats-Unis forment un pays fortement inégalitaire et ceci indépendamment des origines. Aujourd'hui l'Amérique compte 40 millions de pauvres et les américains vivent sous perfusion, à crédit. Je pense qu'en élisant indirectement Barack Obama, la majorité des américains a compris que l'ennemi ne venait pas de l'intérieur mais se tenait à l'extérieur. En clair que le véritable clivage n'est plus blanc vs non-blanc mais plutôt américain vs non-américain.

Pour autant, peut-on considérer que les américains ont dépassés les clivages ethniques ? Je pense que non. On considère souvent Hollywood comme le surmoi des États-Unis, c'est-à-dire ce que l'Amérique rêverait d'être. A travers Hollywood, on remarque que l'Amérique se rêve multiraciale mais sans union intercommunautaire.

Côté le reste du monde:

Barack Obama est préféré à John McCain car il incarne mieux le changement par rapport à l'Amérique de Georges W. Bush, ce qui permet au reste du monde de recommencer à espérer une Amérique moins guerrière.

Un peu d'histoire. Après la seconde guerre mondiale, les États-Unis, ont mis en place un ordre mondial à dominante occidentale dans lequel ils tenaient une place hégémonique. La politique étrangère américaine consistait alors à contrôler et à rassurer ses alliés (i.e. la France et le Royaume-Uni) tout en cooptant les vaincus de la guerre (i.e. l'Allemagne et le Japon) dans son réseau économique et militaire. En adhérant à cette stratégie, les pays occidentaux acceptaient la prépondérance des États-Unis et se plaçaient sous sa garantie militaire. De cette façon, les états de l'ouest formaient un rempart naturel contre la menace soviétique et chinoise. L'ouverture du mur de Berlin et la chute des régimes communistes d'Europe centrale qui s'ensuivit ont rendu caduque cette organisation du monde.

L'invasion de l'armée américaine en Irak, une démonstration de la technologie militaire américaine qui a beaucoup contribué à faire émerger un sentiment anti-américain en général et anti-Bush en particulier. A raison, puisque cette guerre a été mal expliquée et les motifs qui la justifiaient se sont révélés fallacieux. Je pense qu'en envahissant l'Irak, les américains n'avaient pas conscience de l'érosion mécanique de leur influence sur la planète et du fait que le monde était aujourd'hui moins manichéen qu'il y a 50 ans. Dans l'inconscient collectif de 6 milliards de terriens, je me dis que Barack Obama incarne le renouveau américain car il est visiblement et idéologiquement assez éloigné de Georges W. Bush.

Pour autant, que va changer pour nous, l'élection de Barack Obama ? Pas grand chose, à mon sens. Avant d'être métisse, Barack Obama est américain, aussi, s'il a à choisir entre l'intérêt du monde et l'intérêt des États-Unis, il préférera probablement celui des États-Unis. Ce que faisait déjà Georges W. Bush. Tempérons ce sombre tableau et précisons qu'on peut légitimement espérer que les réponses qu'il apportera aux défis qui s'amoncellent devant lui - Deux guerres, une crise économique, une récession mondiale - seront plus raisonnées que celles de son prédécesseur.

Économie - La crise économique.

La monnaie joue un rôle capital dans l'économie. C'est un étalon qui permet de fixer la valeur relative des marchandises et des biens entre eux. La monnaie est également un intermédiaire pendant les échanges et surtout la dernière véritable source de pouvoir. Pouvoir de contraindre, pouvoir de corrompre ou plus simplement pouvoir de consommer. Lorsque votre capacité à acheter est amoindrie la seule opportunité qu'il vous reste pour continuer à consommer est le crédit. Dans une économie saine, votre aptitude à emprunter est directement proportionnelle à votre salaire. Ainsi, mieux votre travail est rémunéré plus les banques sont en mesure de vous proposer des crédits avantageux. Dans les États-Unis des années 2005-2006, la réserve fédérale américaine a maintenu son taux directeur à un niveau ridiculement bas. Ce n'est pas la seule raison mais cela a encouragé certaines banques à consentir des prêts immobiliers à des taux variables et à des foyers qu'elles savaient peu solvables. Ce sont les fameux « subprimes » et le point de départ de la crise que nous vivons.

Comme je l'indique ci-dessus, la crise démarre aux Etats-Unis en 2007 à cause des « subprimes ». Elle se propage au reste du monde parce que les banques américaines ont eues la bonne idée de jumeler les emprunts « subprimes » avec des crédits moins risqués et d'ensemencer la finance mondiale avec les montages résultants. Lorsque les familles qui ont souscrits aux « subprimes » sont victimes de la brusque augmentation des taux d'emprunts et ne peuvent plus rembourser leurs banques, leurs logements sont saisis pour être revendus. C'est alors que le marché immobilier américain, rapidement déséquilibrer par l'accroissement de l'offre au détriment de la demande, s'effondre et entraîne les banques avec lui.

De mon point de vue, cette crise est avant tout la crise d'une certaine idée du capitalisme: le néolibéralisme. Je ne suis pas pour le communisme mais l'idée que la masse monétaire puisse s'autoréguler et dans tous les cas ne doit pas souffrir l'intervention d'un quelconque organe central, me semble au mieux naïve au pire erronée. La crise des « subprimes » montre que certains dans la finance se sont comportés comme des pirates. C'est-à-dire qu'ils ont profité de l'absence de règles ou d'organe de contrôle compétent pour dévoyer le système. Cela ne remet pas en cause le système mais impose de bâtir de nouvelles règles de plus en plus coercitives en fonction des actes de piraterie constatés. Et surtout de se donner les moyens de les faire appliquer.

Cette crise pose également le problème de la dépendance de l'économie et de la finance mondiale vis-à-vis des États-Unis. Songez que Wall Street représente la moitié de la capitalisation boursière mondiale que le dollar représente 88% des transactions sur le marché de change et qu'il reste la devise de référence sur les marchés de matières premières. On sait que ce sont les fonds asiatiques - essentiellement chinois, japonais et arabes - qui financent la croissance américaine, car les foyers américains n'épargnent pas mais consomment. La question de la place du dollar et des bourses américaines dépend donc beaucoup des économies asiatiques. L'une des portes de sortie serait donc que les asiatiques arrêtent d'investir massivement aux États-Unis et commencent à placer leurs capitaux en interne ou en Europe.

Médias - Reforme de l'audiovisuel public.

Patrick de Carolis Intuitivement, ce que j'attends d'un service public de l'audiovisuel, c'est qu'il propose une information et une grille des programmes totalement indépendants des pressions externes. Ces pressions pouvant être d'ordre commerciale - les annonceurs, les lobbys - ou politique - l'exécutif ou l'opposition. Si on regarde la situation en France on constate que l'audiovisuel public français pêche sur les deux tableaux, c'est pourquoi je me dis qu'une reforme était nécessaire.

Justement une reforme de l'audiovisuel est en cours de vote, son contenu est le suivant :

  • Suppression de la publicité après 20h - puis totalement - sur toutes les chaînes du groupe France Télévisions à l'exception de Réseau France Outre-mer (RFO).
  • Une seconde coupure publicitaire par tranche de 30 minutes lors de la diffusion de fictions et de films par les chaînes privées.
  • Compensation du manque à gagner résultant de la suppression de la publicité par une taxe sur divers acteurs des télécommunications - dont les chaînes privées - et garantie de l'état sur la pérennité du financement.
  • Nomination des présidents de France Télévisions, Radio France et de l'audiovisuel extérieur de la France par décret pour 5 ans par le chef de l'état. Avec des verrous au niveau du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) et de l'assemblée nationale.
  • Le groupe France Télévisions devient une entreprise unique tout en conservant ses différentes chaînes.
  • Les variations de la redevance seront indexées sur le taux d'inflation.
  • Le Gouvernement pourra réformer par voie d'ordonnances la gouvernance du Centre National de la Cinématographie (CNC).

L'esprit de cette reforme c'est la suppression de la publicité des écrans publics et c'est ce sur quoi je m'appesantirai. Avant, je m'autorise quelques mots sur deux autres points qui donnent un éclairage particulier au fond de la réforme:

Compensation du manque à gagner

J'ai trouvé le débat sur cette question assez surréaliste. Je peux comprendre les inquiétudes des employés de l'audiovisuel public, mais à priori, lorsque l'État garanti la rémunération du livret A à un taux de 4% jusqu'en février 2009, une part importante des français courent acheter du livret A ? En quoi la parole de l'État aurait-t-elle moins de valeur lorsqu'il s'agit de financer France Télévisions ? Attention, je n'appelle pas à écouter béatement la parole publique, je demande juste plus de cohérence dans les critiques. De plus, il me semble que c'est l'État qui finance majoritairement l'audiovisuel public, ce ne sont donc pas les occasions qui lui font défaut pour se désengager de France Télévisions.

Nomination des dirigeants de l'audiovisuel public par le chef de l'Etat

Dixit ceux qui défendent ce texte à l'assemblée nationale et dans les médias, cette disposition est motivée par un désir de transparence. En effet, nous explique-t-on, les dirigeants de l'audiovisuel public étaient déjà nommés indirectement par l'exécutif via le CSA. Avec cette reforme les choses seraient plus limpides car plus directes. En clair, nous avions un système incestueux mais caché entre les présidents de l'audiovisuel public et l'exécutif. Après cette loi nous aurons un système tout aussi incestueux mais légal. C'était bien la peine de réformer !

La première chose troublante avec cette disposition est qu'elle n'était pas dans le discours qu'avait prononcé le président de la république il y a un an. Mon sentiment est que cette disposition n'a rien à faire dans ce texte de loi et qu'elle constitue une régression. Je suis convaincu que l'exécutif savait que cette disposition provoquerait un tollé. Une justification possible à sa présence serait que cette disposition détourne avantageusement les récriminations de l'opposition de la véritable réforme : la suppression de la publicité des écrans publiques. A suivre.

Suppression de la publicité sur les écrans publiques

De la vision que j'en ai, il y a au minimum trois acteurs dans cette affaire:

Le groupe France Télévisions: Si on se borne à la suppression de la publicité, la réforme a un impact quasi nul sur les affaires du groupe. En effet, chaque euro perdu sera remboursé par l'État. De plus, France Télévisions était financé aux 2/3 par l'État et à 1/3 par la publicité, ce n'était donc pas cette dernière qui dictait la programmation des chaînes du groupe. Bref ! Le véritable changement pour les équipes du groupe ce sont des programmes qui débutent plus tôt, après 20h et la reconversion/licenciement des employés de la régie publicitaire. Je ne suis pas persuadé qu'une loi était nécessaire pour arriver à ce résultat, c'est pourquoi j'imagine que cette réforme n'a pas été pensée pour avantager France Télévisions.

Le téléspectateur: Les enquêtes Médiamétrie montrent que l'écrasante majorité des meilleures audiences se fait sur TF1. Et ceci explique peut-être cela mais ce sont principalement les évènements sportifs, les shows télévisés et les journaux télévisés qui tiennent le haut du pavé. Cela signifie que malgré cette nouvelle loi, les téléspectateurs continueront à subir la publicité sur la grande majorité des programmes qu'ils apprécient. Pire, ils devront souffrir une seconde slave de publicité à 30 minutes d'intervalle pendant les fictions. A vrai dire, cette loi ne semble pas non plus avoir été pensée pour soulager la majorité des téléspectateurs.

Les chaînes privées: Dans sa configuration actuelle, le marché de la diffusion de la publicité est faussement concurrentiel. D'abord il faut savoir que chaque chaîne fixe ses tarifs en fonction de l'audience potentielle de ses programmes. C'est pourquoi, il est courant que la même publicité, diffusée à la même heure, ne coûte pas le même prix selon qu'elle est diffusée sur TF1 ou France 2. De plus, sur le marché de la diffusion, il existe deux types d'acteurs: Les chaînes privées qui ont besoin de la publicité pour être rentables et les chaînes de France Télévisions financées aux 2/3 par l'État et dont la rentabilité est relativement indépendante de la publicité. Le fait que les chaînes du groupe France Télévisions soient moins dépendantes de la publicité fait qu'elles peuvent se permettre d'être très agressives sur les tarifs qu'elles pratiquent pour les écrans de publicité. Suite à cette nouvelle loi, les parts de marché des chaînes privées devraient mécaniquement augmentées. Un acteur en moins produit automatiquement plus de place pour les restants. Mais surtout, elles auront les coudées franches pour négocier des tarifs à la hausse avec les annonceurs. Vous m'excuserez de ne pas verser de larme pour les annonceurs, les véritables dindons de la farce. Je me bornerai à constater que cette loi se présente comme une excellente nouvelle pour, par exemple, TF1 qui concentre déjà 54% des revenus de la publicité.

En général, j'ai tendance à réfuter les théories du complot. Parfois simplistes. Mais dans ce cas précis, force est de constater que s'il n'y a pas là un cadeau de l'exécutif aux chaînes privées, c'est fort bien imité.

To be or Note2be.com

2008-03-08 08:57:16, par Hyacinthe MENIET - [Général]

A l'heure où le rapport Attali souligne, dans sa proposition de décisions n°5, que « l'évaluation des professeurs ne peut pas reposer uniquement sur les notes qu'obtiennent leurs meilleurs élèves ni sur l'examen d'inspecteur (...) mais (qu') elle doit aussi reposer sur une évaluation de leur pédagogie par leurs élèves » , note2be.com offre la possibilité à tous les élèves, pour la première fois en France, de noter leurs professeurs.

Extrait du site Note2be.com.

Si vous suivez régulièrement les informations télévisées, à la radio ou sur Internet, vous avez probablement eu vent des déboires du site Note2be.com. Rappel des faits pour les autres :

William Shakespeare Ainsi que le laisse supposer l'extrait en italique ci-dessus, Note2be.com est un site Internet consécutif à une proposition du rapport Attali. En effet, dans son rapport, la commission Attali proposait que l'évaluation des enseignants ne soit plus réservée aux seuls inspecteurs mais soit étendue aux élèves. Note2be.com a saisie la balle au bond et a mis à disposition des élèves un outil qui leur permet d'apprécier les qualités pédagogiques de leurs enseignants. Probablement à cause du buzz autour de cet outil, plusieurs syndicats d'enseignants sont montés au créneau pour obtenir sa fermeture, au premier rang desquels la SNES-FSU, le SGEN-CFDT, le SE-UNSA et le SNALC. En début de semaine, le TGI de Paris (e.g. le tribunal de grande instance de Paris) a statué et a ordonné la suppression sous 48 heures de toutes les données nominatives figurant sur ce site. Passées ces 48 heures, Note2be.com devra payer une astreinte de 1000 euros par jour par infraction constatée. La société Note2be est par ailleurs, invitée à payer à chacun des demandeurs une somme d'1 euro « à titre d'indemnisation provisionnelle ». Hier, la CNIL (e.g. la Commission nationale de l'informatique et des libertés) - l'autorité française compétente en matière de protection des données personnelles - a jugé l'initiative Note2be.com illégitime. En attendant la décision des juges suite à l'appel du co-fondateur du site, Stéphane Cola, il me semble opportun d'indiquer en quoi je suis solidaire de l'indignation des enseignants et des décisions prises par les autorités en charge du dossier.

Non à l'infantilisation des professeurs. « Les jeunes d'aujourd'hui, aiment le luxe, ils sont mal élevés, méprisent l'autorité, n'ont aucun respect pour leurs aînés et bavardent au lieu de travailler. », est une phrase que vous avez probablement déjà entendu sous un libellé différent mais avec le même sous entendu : les nouvelles générations se fichent de tout et ne respectent plus rien. Ce qui est amusant c'est que cette phrase est de Socrate (469-399 av. J.C.) ce qui prouve que le conflit de génération est un phénomène récurrent et n'est pas une conséquence des jeux vidéos ou que sais-je encore. Reste que, derrière ces plaintes, on devine une inquiétude, une désespérance de nombreux adultes qui pensent qu'une vie qui n'est pas guidée, balisée par quelques valeurs est vouée à l'errance et à ses malheurs. A raison, de mon point de vue. Généralement, un enfant accepte volontiers les règles de vie distillées par ses parents. Cela se vérifie en particulier si ces derniers se conforment eux-mêmes aux règles qu'ils prescrivent. C'est à l'adolescence que les choses se compliquent car l'adolescent est soumis à de nombreux discours souvent contradictoires. J'ai envie de dire, idem que ci-dessus, cet état a toujours existé, c'était déjà ainsi il y a deux siècles, par exemple. La nouveauté qu'a apportée l'époque actuelle, c'est la médiatisation de ces discours jadis parasites qui à force prennent plus de place que les valeurs que les familles souhaitent transmettre : « C'est normal de désobéir quand on a des parents ringards comme ceux qu'on a vus à la télé hier ». Entendu à la télé.

Le fait d'autoriser les élèves à noter leurs professeurs de manière aussi directe que ces derniers, revient à aplatir le système scolaire en mettant les élèves au même niveau que les enseignants, ce qui est une erreur pour deux raisons :

  • Pour moi le rôle d'un professeur est d'accompagner chacun de ses élèves. Il participe activement à la formation d'un être humain en le guidant, en lui donnant un reflet de son comportement social et en lui apportant les savoirs et les compétences qui lui permettront de comprendre le monde dans lequel il vit et de participer à sa transformation. De plus, il faut garder à l'esprit qu'un élève passe le tiers de sa journée face à un professeur. Cela fait mécaniquement des professeurs un rempart intéressant contre les messages parasites dont je parle ci-dessus. C'est pourquoi, devant l'étiolement du discours parental, je pense au contraire qu'il faudrait renforcer la place des enseignants.
  • L'école est traditionnellement conçue comme une structure pyramidale dans laquelle des enseignants ont pour tâche d'instruire et d'éduquer des élèves. Or l'éducation suppose une relation d'autorité entre ceux qui enseignent et ceux qui apprennent. Au demeurant, je peux comprendre le besoin d'un peu plus souplesse afin que les voix des élèves soient également entendues mais de mon point de vue cela doit s'inscrire dans un ensemble cohérent, structuré et consensuel. Le haro sur Note2be.com poussé par les syndicats d'enseignants prouve à suffisance le manque de concertation et de consensus de cette initiative.

La liberté des professeurs est-t-elle bornée par celle des élèves ? Je le disais tantôt, le rôle d'un professeur c'est parfois d'enseigner des règles de savoir vivre qui concourent à l'équilibre intellectuel et sentimental des élèves et qui permettront au futur citoyen adulte d'être à l'aise en société. Parmi ces valeurs, il y a le fait que vivre en société consiste à abandonner une partie de son indépendance naturelle pour se soumettre volontairement à des lois qui sont, au moins idéalement, les mêmes pour tous. Que vivre en communauté c'est accepter que sa liberté s'arrête là où commencent celles des autres. Du point de vue de l'élève, ce respect de la liberté d'autrui s'impose d'abord pour des raisons éthiques : non seulement « le principe de liberté » n'est pas que l'énoncé du dernier devoir de philosophie, mais il est également l'objet d'un apprentissage tout au long de la vie qui suppose que le futur citoyen adulte soit à la fois nourri de liberté et ait déjà mesuré ses contours. A cette raison éthique s'ajoute une raison pragmatique : le respect de la liberté d'autrui est un outil efficace pour contribuer à créer un climat de confiance et de responsabilité à l'intérieur de l'établissement scolaire, permettant en cela de prévenir et de combattre la violence à l'école. Le message que tente de faire passer la CNIL aux créateurs du site mais, in fine, aux élèves est simple : il faut, au moins à posteriori, recueillir l'agrément de la personne pour utiliser une information qui l'identifie. Le fait que les élèves qui ont participé à ce site ne se soient pas interrogés sur la légitimité de ce qu'ils faisaient, avant de le faire, montre bien que ce rapport à l'autre et à sa liberté n'est pas correctement assimilé. Avis aux professeurs qui me lisent. Je suis persuadé que de nombreux élèves ayant contribué au site Note2be.com auraient refusé que leurs relevés de notes - bons comme mauvais, peu importe - soient exposés sur Internet avec en prime les appréciations des professeurs. Partant de ce postulat, je me demande comment ces derniers n'ont pas vu qu'il était plus que probable que cela incommoderait également leurs professeurs ? Excès de naïveté ou volonté d'irriter ? Avis aux élèves qui me lisent.

Noter les professeurs en interne et de manière indirecte. Suite au battage médiatique autour de l'affaire Note2be.com, j'ai eu l'occasion de discuter avec d'anciens collègues, aujourd'hui enseignants et des professeurs qui m'ont enseignés. Ce qu'il y a de frappant c'est qu'ils sont tous d'accord pour faire de l'école un environnement où les élèves peuvent jouer un rôle plus actif. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la note n'est pas le nœud du problème. D'ailleurs dans certaines grandes écoles et universités, les professeurs sont déjà évalués par leurs étudiants. Simplement, de la même façon que la note attribuée à un élève est le résultat d'un rituel connu à l'avance par les professeurs et les élèves, il est indispensable que cette notation des professeurs fasse elle aussi l'objet d'un cérémonial encadré et connu d'avance. Plusieurs idées me viennent à l'esprit mais je n'expliciterai qu'une : Aujourd'hui la notation des enseignants relève de l'inspection générale et/ou du responsable d'établissement. Ce n'est vraisemblablement pas assez pertinent vu l'enthousiasme autour de Note2be.com. Afin de coller à l'engouement pour le Web, on peut imaginer un Intranet dans lequel chaque étudiant, clairement identifié et à des moments bien précis de l'année, répondrait à un QCM (e.g. questionnaire à choix multiples). Je ne suis d'ailleurs pas opposé à ce que ce QCM soit régulièrement révisé et qu'il intègre à chaque mise à jour les remarques des uns et des autres, dont celles des élèves. Ni à ce que le professeur X ne sache pas ce qu'a dit l'élève Y à son sujet. Histoire de dépassionner les débats en classe. Passons. Idéalement ce QCM ciblerait à la fois le fond mais aussi la forme des enseignements et permettrait de dégager non pas une note mais plusieurs appréciations : sur l'organisation et la clarté du cours, sur la stimulation intellectuelle, sur l'interaction ... Liste non exhaustive. Les informations ainsi collectées seraient intégrées via un coefficient dans la notation finale du professeur et permettrait à chaque professeur d'inventer comment rendre son cours plus attrayant. En somme, je suis favorable à tout projet qui vise à ce que les élèves ne se substituent pas aux professeurs mais soient plutôt des acteurs que l'accès à la connaissance doit éclairer et dont le corps professoral doit favoriser la prise d'initiative.

Plus généralement, il me semble que la relation enseignant-élève induit dans son essence une inégalité de statut, ce qui n'empêche nullement que l'élève reste légal de l'enseignant en matière de droits fondamentaux. Pour moi l'école doit former des individus libres, responsables mais respectueux des libertés d'autrui. C'est pourquoi l'idée que des élèves puissent évaluer leurs professeurs me semble opportune si elle ne résume pas qu'à un système permettant aux élèves de voter pour leurs professeurs favoris mais donne à chaque élève la possibilité de jouer un rôle actif dans son environnement scolaire. De plus, quelque soit la forme donnée à cet espace de participation dédiés aux élèves, je pense qu'il est important de garder à l'esprit que les enseignants ne sont ni des prestataires de service, ni des produits. C'est pourquoi il serait inconvenant de leurs appliquer la même mécanique d'évaluation que la dernière Playstation, par exemple.

La télévision publique en mutation

2008-01-21 07:24:32, par Hyacinthe MENIET - [Général]

Pendant sa conférence de presse du 8 janvier, le président de la république, Nicolas Sarkozy, a stupéfait l'assemblée en annonçant la disparition de la publicité des grilles de la télévision publique. Dans la mesure où la publicité représente environ 1 milliard d'euros du budget total de ces chaînes, il se posa assez logiquement la question des sources de financement destinées à se substituer à la manne publicitaire. Si une taxe sur la publicité des chaînes privées et les revenus des opérateurs de télécommunication a rapidement été évoquée, elle s'est promptement avérée insuffisante pour compenser le milliard d'euros ainsi perdu. Une semaine plus tard, le quotidien Les Echos indiquait que le gouvernement envisageait une nouvelle taxe sur tous les produits modernes pouvant recevoir la télévision : téléviseurs, ordinateurs et téléphones portables. Information confirmée par le ministère de la culture dans la foulée.

Dans la pratique, les contours exacts de ce projet restent inconnus. Le temps pour les ministères impliqués de recueillir les objections de chacun et nous devrions connaître dans les semaines qui viennent l'impact qu'aura une télévision publique vierge de pub sur nos porte-monnaies. La suppression effective de la publicité étant prévue pour début 2009, de mon point de vue il est acquis qu'il y aura une taxe. L'interrogation porte plutôt sur le sujet de la taxe. En choisissant de taxer à la fois les chaînes privées, les opérateurs de télécommunication et les consommateurs de télé, le gouvernement semble privilégier la voie du milieu. Néanmoins je me dis qu'il ne serait pas superflu de s'assurer que cette taxe ne se transforme pas en double peine pour les consommateurs. En effet il n'est pas saugrenu d'imaginer que les fournisseurs d'accès à Internet réinjectent cette taxe dans le prix des abonnements où dans leurs tarifs au détail. Ces augmentations s'ajouteraient alors à la taxe déjà prélevée sur les produits technologiques susmentionnés. D'où la double peine. C'est l'objet de ce billet : qu'est-ce que la télévision publique et comment la financer plus justement ?

TNTIl ne vous aura pas échappé que la montée en puissance des canaux numériques (e.g. la télévision numérique terrestre, les chaînes du câble et du satellite) affaibli les grandes chaînes généralistes et plus particulièrement les chaînes publiques. De fait, cette redistribution des audiences contribue à dissuader les chaînes généralistes d'investir dans le domaine de la cohésion sociale au profit de programmes plus accrocheurs ou plus rémunérateurs. Je pense à la télé réalité, je pense à la multiplication des écrans de pub et je pense à la nième rediffusion des aventures de l'inspecteur Derrick. Toutes ces dérives qui contaminent la télévision publique vont à l'encontre de ce pourquoi elle a été créée. J'y reviens plus bas. Ensuite, jusqu'à il y a un peu moins de trois ans, le PAF (e.g. le paysage audiovisuel français) se résumait à six chaînes de télévision : TF1, France 2, France 3, Canal + en clair, France 5/Arte et M6. C'est à dire qu'avec une simple antenne râteau vous ne pouviez recevoir que les six chaînes précédemment citées. Depuis l'arrivée de la TNT, avec la même antenne râteau couplée à un décodeur numérique, vous avez dorénavant accès à dix-huit chaînes gratuites. La plus-value pour le consommateur est évidente : plus de chaînes entraîne plus de programmes et in fine, suggère plus d'opportunités que ses aspirations se concrétisent dans une émission. Pour les chaînes publiques, cet enrichissement de l'offre s'accompagne plutôt d'une moins-value, puisqu'elles ne représentent plus que le quart du panel audiovisuel, contre la moitié il y a trois ans. Ce sont ces mutations dans la télévision telle qu'elle est consommée qui imposent aux responsables de médias publiques de repenser la télévision telle qu'elle est produite : son rôle, son positionnement, son contenu. Et c'est ce qui conduit à se dire qu'il n'est peut-être pas justifié de subir l'acharnement publicitaire y compris sur des chaînes que vous financez via des impôts et des taxes.

Steuart Britt, un journaliste américain, disait que « Faire du commerce sans publicité, c'est comme faire de l'œil à une femme dans l'obscurité. Vous savez ce que vous faites, mais personne d'autre ne le sait. » A priori, je distingue plusieurs nuances de pubs et à fortiori je ne suis pas pour qu'on les supprime toutes. Je pense par exemple que les publicités pour la sécurité routière ou celles qui incitent à ne plus fumer dans les espaces publics sont de bonnes annonces qui méritent d'être diffusées sur les chaînes publiques. De plus, une fois produites, ces publicités d'utilité publique ont vocation à être diffusées. Si elles n'empruntent pas le canal public, elles seront diffusées à travers des canaux privés et ce sera plus cher en plus d'être contre-productif. Non, je pense qu'il faut conserver un minimum d'espace pub dans les chaînes publiques avec un droit de regard sur le contenu. L'idée étant de ne diffuser que celles qui représentent un intérêt d'ordre général. Groupe de mots qu'il reste à expliciter. Ensuite, après avoir expurgé la télévision publique de ces pubs les moins intéressantes, les responsables des médias publics pourraient s'attacher à réconcilier le service public avec ce qu'il devrait être. Dans mon esprit, en profitant du potentiel offert par les réseaux numériques, les chaînes de télévision publique doivent continuer à développer des programmations qui rencontrent le public le plus large. Elles doivent ainsi se donner pour objectif de contenir les processus de segmentation et d'isolement culturel des différentes composantes du public. Le secteur public de la télévision peut perdre sa légitimité de diffuseur s'il ne rassemble plus autour des mêmes programmes. Il a également un rôle capital dans la conservation d'une industrie de programmes de haut niveau et doit maintenir une capacité centrale d'éditeur de programmes.

Terminons par le financement de la télévision publique. Je ne suis pas adepte des prélèvements en général et des taxes sur les produits technologiques en particuliers, comme en témoignent plusieurs de mes billets. Néanmoins je suis conscient de la nécessité de compenser la perte des revenus issus de la pub. De plus, il ne me semble pas choquant d'envisager que la télévision publique soit financée en majorité par des fonds publics. C'est pourquoi je suis favorable à la nouvelle taxe sur les produits qui permettent de recevoir la télévision. Je sais que les français sont friands de technologie et je me dis que si les envies des consommateurs continuent sur cette voie, la télévision publique aura les moyens des ambitions dont je parle ci-dessus. En revanche je suis contre la redevance audiovisuelle sous sa forme actuelle. Je pense que cet impôt s'est installé dans une sorte d'aise qui lui fait oublier, aujourd'hui, les raisons de sa mise en œuvre. La redevance audiovisuelle est à l'origine une participation des téléspectateurs servant à financer les médias publics. C'est donc un ticket d'entrée dont toutes les personnes qui résident en France et disposent d'un téléviseur doivent s'acquitter. Restons dans l'analogie avec l'univers du spectacle. Si vous avez assisté, in vivo, à un match de foot, de basket ou à un concert (liste non exhaustive), vous savez que les meilleures places sont les plus onéreuses et cela se comprend. Je pense que la redevance audiovisuelle devrait suivre le même principe. Je trouve singulièrement incongru de verser la même somme pour un tube cathodique « noir et blanc » de dix ans comme pour un écran plat plasma fraîchement sorti d'usine. Ne serait-ce que parce que les possesseurs des téléviseurs susmentionnés n'assistent pas au même spectacle. Je considère que le montant de la redevance audiovisuelle devrait être indexé sur le confort que procure l'objet, de la même façon que le prix final d'une automobile varie en fonction de la nocivité dudit véhicule sur l'environnement. Enfin, je me dis que la redevance télé devrait être dégressive jusqu'à s'annuler, justement parce que la qualité de l'image affichée décroît avec le temps. A méditer.

Bonne et heureuse année 2008

2008-01-01 00:11:23, par Hyacinthe MENIET - [Général]

bonne année 2008

Si je pouvais suggérer une bonne résolution pour l'année qui débute, ce serait d'en profiter autant que possible et surtout ne pas se prendre au sérieux. Je joins à cette carte postale de Grenoble, mes meilleurs voeux pour l'année 2008. Que cette année vous apporte santé, chance, bonheur, prospérité et amour.

bilan de l'année 2007

2007-12-28 19:39:06, par Hyacinthe MENIET - [Général]

Dotmyself est un site qui je l'espère se dévoile comme éclectique, précisément par la variété des domaines embrassés (e.g. politique, économie, écologie, social, informatique ...). C'est pourquoi faire un bilan sur ce blog n'est pas aisé dans la mesure où ce bilan devrait restituer cette diversité. Tant pis, je me lance et je fais mon bilan de 2007. Je précise d'emblée que les points que je mets en lumière dans ce billet ne sont pas nécessairement les points les plus marquants de l'année 2007. Même pour moi. Je pense par exemple que la mort de Benazir Bhutto est bien plus grave que la sortie de Mac OS X 10.5. Simplement je vais rester cohérent avec l'esprit du blog et je me bornerai aux thèmes que j'aborde d'habitude. De plus, je vais tenter d'éviter un bilan plat, celui qui se contente d'énumérer une série d'épisodes. Au contraire, je m'efforcerai de mettre en perspective tous les items abordés.

Politique

Oui l'année 2007 a été très politique et je vous fais une confidence, 2012 le sera aussi. Je m'explique : Ceux qui apprécient les bons films au cinéma, savent que deux ingrédients sont indispensables à la fabrication d'un bon cru : l'intrigue et la distribution.

Commençons par l'intrigue, la réflexion qui a été menée pendant la dernière cohabitation : Chirac vs Jospin, a conduit à raccourcir le mandat présidentiel de sept à cinq ans et à rapprocher les élections présidentielle et législative. L'idée sous-jacente étant de faire coïncider la légitimité présidentielle et la majorité parlementaire. En clair, sans forcer leurs talents, les hommes politiques avaient l'assurance de tenir notre attention pendant au minimum 1 an. C'est en effet l'intervalle que couvrent les campagnes, les élections et l'état de grâce du président élu. Je pense que les mêmes causes produisent les mêmes effets, à quelques événements près, c'est pourquoi je pense que mécaniquement, 2012 sera au moins aussi politisée que 2007.

Intéressons-nous à la distribution : Grâce à Nicolas Sarkozy la droite est décomplexée, aujourd'hui être de droite n'est plus un tabou ni un gros mot mais est pleinement assumé par ceux qui le sont. C'est une bonne nouvelle, car on se rapproche du mythe de l'électeur moderne, l'individu lucide vis-à-vis de ses aspirations, débarrassé au maximum des artifices et des pressions extérieures, votant « en son âme et conscience ». En revanche ce que je trouve moins réjouissant c'est que cette saine affirmation, ait eu des dommages collatéraux :

  • J'ai l'impression à entendre et à lire certains, que la gauche de gouvernement (e.g. le Parti Socialiste, le Mouvement Républicain et Citoyen, le Parti Radical de Gauche …) est à son tour complexée. En décoinçant la droite, Nicolas Sarkozy a fait grandir dans l'esprit de la gauche de gouvernement l'idée selon laquelle, pour se rénover, elle devrait se « droitiser ». Ceci pour coller aux attentes des français et quitte à se couper de son aile la plus à gauche. C'est très habile politiquement mais c'est absurde comme idée, pour deux raisons. Premièrement le résultat de la dernière élection présidentielle montre qu'il y a globalement autant de personnes à gauche qu'à droite et qu'en réalité Nicolas Sarkozy a battu Ségolène Royal parce qu'il était meilleur qu'elle (ou plus affûté diront certains). Ensuite et enfin, pour se rénover l'Union pour un Mouvement Populaire a fait exactement l'inverse de ce qui est suggéré à la gauche. En proposant un discours ferme et sécuritaire à propos de l'immigration, l'UMP a attiré une partie des électeurs du Front National sans se couper de ses électeurs traditionnels. Le PS devrait pouvoir faire le même grand écart mais à gauche et sans difficulté. Avis aux socialistes qui me lisent.
  • J'ai lu le programme du candidat Nicolas Sarkozy et j'y ai trouvé de nombreuses bonnes idées. En revanche je suis plus réservé sur l'exécution dudit programme. Je m'explique : je n'ai rien contre la communication gouvernementale et je trouve hyper creux le qualificatif « hyper-président ». Simplement, j'ai remarqué que la dernière élection présidentielle avait générée beaucoup d'attentes et qu'une partie d'entre elles se muaient progressivement en déceptions faute de résultats à la hauteur des espérances. Dixit les enquêtes d'opinion. De plus, pour reprendre l'analogie avec le cinéma ci-dessus, en général le fait que l'acteur principal d'un film soit contraint d'apparaître souvent à l'écran, est le signe d'une faiblesse dans le scénario. Avis aux UMP qui me lisent.

Pour finir, si 2007 a été une année politique, 2008 sera à priori sociale avec un agenda social très chargé. Pêle-mêle : la modernisation du marché du travail, la reforme de la formation professionnelle, l'individualisation du temps de travail, les modalités des allégements des charges patronales, la représentativité des organisations syndicales, la reforme du régime général des retraites, sont au programme. A suivre.

Ecologie

Le bilan écologique de 2007 m'apparaît assez contrasté. En première lecture, il est plausible que 2007 marque un tournant dans la prise en compte des revendications écologiques dans les politiques économiques et dans les débats sur l'avenir de la planète. Pour preuve en janvier, le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (e.g. le GIEC, traduction en français de l'anglais Intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC) lançait à Paris un avertissement sur l'ampleur du changement climatique et les dérèglements qu'il suscitera. En décembre, la conférence de Bali sur le réchauffement climatique de l'ONU adoptait à l'arrachée, une feuille de route associant pour la première fois, pays industrialisés et nations en développement à la réduction des émissions polluantes. Plus près de nous, le Grenelle de l'environnement a été un succès salué par tous même si depuis des divergences sont apparues.

En seconde lecture, force est de constater que nous stagnons malheureusement au stade la prise de conscience. Je concède volontiers que la prise de conscience est une étape importante mais devant l'ampleur de la tâche et l'accélération du réchauffement climatique, il me semble raisonnable de réclamer des solutions plus rapidement ? Ce qu'il faut bien comprendre c'est que s'il est en compétition avec d'autres sources d'énergie pour la production d'électricité et de chauffage, le pétrole demeure incontournable pour les transports et vital pour la très prospère industrie pétrochimique. La hausse actuelle du prix du pétrole s'inscrit dans un contexte de raréfaction des réserves mais quand le prix du pétrole flambe, l'exploitation de gisements jadis réputés difficiles, devient rentable. C'est pourquoi quoiqu'ils en disent, les pétroliers ont aussi intérêt à ce que le cours du baril de pétrole reste élevé. Et ils ont encore plus intérêt à ce que nous continuons à consommer ce pétrole cher. D'où pollution automobile exacerbée. Là où une attitude écologiste aurait consister à travailler de concert avec les constructeurs d'automobiles pour rentabiliser des carburants plus renouvelables.

Plus généralement, je note une meilleure appropriation des ressorts écologiques (e.g. les gestes quotidiens qui font du bien à la planète). Côté discours officiels, nous sommes passé de l'archaïsme de l'écologie répressive ou de la négation pur et simple des enjeux, à une écologie plus responsable et incitative. Je pense à l'éco-pastille qui est une progression même si imparfaite. Bilan ? Positif mais peut mieux faire.

Economie

De mon point de vue, l'évènement économique majeur en 2007 a été la crise du subprime. Je m'accorde quelques lignes pour expliquer de quoi il s'agit. Aux Etats-Unis comme en France, l'acceptation d'une demande de crédit repose sur deux éléments : la solvabilité de l'emprunteur et la valeur de la garantie. Cette dernière pouvant être le logement acheté, dans le cas d'un prêt avec hypothèque par exemple. Aux Etats-Unis la valeur d'un bien immobilier est estimé par un expert et la fiabilité de l'emprunteur est noté par une société. Le marché prime est ouvert aux personnes bien notées. Le subprime accueille les candidats rejetés du prime. Les clients d'un crédit subprime payent leurs emprunts plus chers de 2 à 3 % et généralement avec un taux variable. Pour limiter les risques d'inflation, la réserve fédérale américaine, l'équivalent de notre Banque Centrale Européenne (BCE) a augmenté plusieurs fois son taux directeur en 2006 et en 2007. C'est-à-dire que les banques américaines lui achetaient l'argent nécessaire aux crédits, plus cher. Ces dernières ont naturellement répercutées ces hausses de taux sur les crédits à taux variables, rendant des emprunteurs à la limite de la solvabilité, insolvables. Parallèlement à cela, la demande de biens immobiliers s'est asséchée ce qui fait que les biens hypothécaires ont perdu de la valeur rendant la possibilité de remboursement par revente du bien immobilier, hypothétique. C'est la crise du subprime.

Comme vous l'avez compris, la crise du subprime est principalement une crise de liquidité et de confiance entre acteurs de la spéculation. C'est pourquoi les banques centrales Américaine, Européenne, Anglaise, Chinoise … se sont coordonnées pour re-injecter de la liquidité dans les circuits et parfois corriger les taux directeurs. Même si la France a été relativement épargnée par cette crise il est intéressant de noter que la France participe à une économie mondialisée. C'est ainsi qu'une crise qui affecte un gros consommateur de ressources externes comme les Etats-Unis a inévitablement des répercussions sur un producteur comme la France et notamment sur sa croissance.

Terminons par un peu de social dans ce monde d'économie. Plus près de nous, 2007 induit une inflexion dans la vision collective que nous avions du travail. En effet, en reportant les négociations sur les régimes spéciaux au niveau des entreprises concernées et en plaçant la négociation sur les 35H ainsi que les heures supplémentaires entre le chef d'entreprise et son employé, le gouvernement a individualisé les traitements et les parcours. A ce stade, je pense qu'il est trop tôt pour se prononcer sur le résultat de ces mesures. En effet, il ne vous aura pas échappé qu'en tant que salarié vous êtes plus fort face à l'employeur lorsque vous négociez en groupe mais d'un autre côté, l'échec du communisme a démontré qu'il était impossible d'être tous riches en même temps. A suivre en 2008.

Informatique

De l'actualité informatique cette année, j'ai retenu deux événements :

Les sorties de Windows Vista et Mac OS X 10.5 (Leopard). Je précise que Windows Vista a été officiellement proposé aux entreprises dès le 30 novembre 2006, j'en parle dans le bilan 2007 parce que la version grand public, donc celle qui me concerne, date de janvier 2007. De son côté Apple commercialise Mac OS X 10.5 depuis le 26 Octobre 2007. J'ai la chance d'utiliser les deux, car je suis un vieil utilisateur de PC et je dispose d'un MacBook Pro sous Léopard. De mon point de vue ces deux systèmes d'exploitation proposent l'expérience utilisateur la plus aboutie chacun dans sa famille. Si je devais les comparer, je dois reconnaître que Leopard regorge de petits détails et de gadgets qui simplifient la vie et procurent un sentiment de finition bien supérieur à celui de Windows Vista.

Le redéploiement de la taxe pour la copie privée. J'en parle plus longuement dans ce billet et je ne me répèterai pas. Je me borne à constater que si cette taxe est appliquée dans de nombreux pays sous des formes diverses, elle est située à un taux particulièrement élevé en France. De là à penser que c'est en France que les pirates sont les plus virulents ou que les artistes français sont les meilleurs au monde, il n'y a qu'un pas que je pense la commission d'Albis a franchie. Dans tous les cas, Le Syndicat des industries de matériels audiovisuels électroniques (Simavelec) et le webmarchand Rueducommerce ont saisi le Conseil d'État pour faire annuler la redevance pour copie privée appliquée depuis le 1er octobre sur les clés USB, cartes mémoire et disques durs externes. A suivre en 2008.

La guerre des réseaux sociaux

2007-11-07 07:37:52, par Hyacinthe MENIET - [Informatique]

Si vous êtes coutumier de l'actualité sur Internet, alors vous avez probablement lu des articles relatifs aux réseaux sociaux (adaptation en français de « social network system ») que sont Myspace, Bebo, FaceBook, Orkut, Viadeo ? Si non, notez simplement que ce sont des sites de communautés. C'est-à-dire qu'ils fédèrent des groupes de personnes ayant en commun : une passion, des goûts musicaux, un métier, une langue ... Pour se développer ces sites mises sur le bouche-à-oreille ou le clavier-à-écran, au choix. Concrètement, le nouvel inscrit envoie des messages invitant des membres de son propre réseau personnel (physique ou virtuel) à rejoindre le site. Chaque invité répète à son tour le processus, accroissant mécaniquement le nombre de membres et de liens dans le réseau.

Les réseaux sociaux proposent traditionnellement à leurs adhérents des mises à jour automatiques de carnet d'adresses, la visualisation de profils personnels, la possibilité de former de nouveaux liens par des services d'introduction et d'autres formes de raccordements sociaux en ligne. C'est l'expansion virale. Tous ces sites démarrent du postulat qu'il est plus enrichissant pour un individu d'être connecté à une variété de réseaux eux même liés les uns aux autres que d'être membre d'un forum ou d'une communauté monocolore. En effet, nous appartenons tous à de petits réseaux d'amis, de partenaires, de collègues … sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour élargir notre horizon professionnel ou rencontrer des personnes avec lesquels nous partageons des passions. Les petits réseaux dont je parle ci-dessus peuvent être réels, comme des amis que nous visitons physiquement, sinon virtuels, exemple des amis avec lesquels nous dialoguons exclusivement sur Internet. Quoiqu'il en soit en connectant ces réseaux personnels sur Internet et en naviguant dans les réseaux des autres, nous accroissons notre potentiel et notre horizon. Et c'est pour ça que ces sites battent régulièrement des records de fréquentation. Dans ce billet je brosse un tour d'horizon des communautés et je présente les appétits qui s'aiguisent en coulisses.

Mon expérience personnelle ne me permet pas de dire avec précision quand a éclos le premier réseau social sur Internet, la légende veut que cette distinction revienne à www.classmates.com un site qui permet de garder le contact avec d'anciens copains d'école. C'était en 1995. Aujourd'hui sur la majorité des réseaux sociaux, la construction de profil est libre ainsi que la possibilité de définir le niveau d'opacité des informations que vous y insérez (Qui peut consulter votre profil ? Quelles parties de votre profil sont publiques ? ...) . De plus, la mise en relation sociale nécessite la confirmation des deux parties concernées. Certains réseaux sociaux proposent des fonctionnalités supplémentaires, telles que la possibilité :

  • de créer des groupes qui partagent des intérêts communs
  • de télécharger des vidéos
  • de dialoguer par forums, chat, email ...
  • de géolocaliser les autres membres
  • ...

Pour décrire un phénomène en expansion il suffit généralement de présenter deux points :

  • Myspace Le point le plus dense : c'est Myspace. C'est un réseau généraliste qui dénombre plus de 200 millions d'inscrits. Les études récentes sur la fréquentation des sites sur Internet indiquent que Myspace serait parmi les dix sites les plus visités au monde, toutes catégories, langues et pays confondus. Ça laisse rêveur.
  • FaceBook Le point le plus mobile : c'est FaceBook. C'est actuellement le réseau qui a la meilleure presse. Il a la particularité de publier un ensemble d'API (e.g. Interface de programmation) nommée FaceBook Platform. Ces API permettent aux développeurs externes d'enrichir la plateforme via des modules. FaceBook était initialement un réseau réservé aux étudiants de Harvard, il a récemment muté en réseau généraliste, ce qui n'est pas étranger à son succès.

De mon point de vue il n'y a rien de conceptuellement nouveau dans les réseaux sociaux, c'est simplement un moyen mis à notre disposition pour accomplir ce que nous faisions déjà mais plus efficacement. Ils n'en constituent pas moins la nouvelle coqueluche d'Internet. Comme tout phénomène à la mode, ils permettent de cliver les internautes en deux camps : ceux qui y participent et les autres. Cette situation conduit souvent les deuxièmes à s'inscrire dans des communautés pour ressembler aux premiers sinon à former leur propre réseau social, ce qui revient à alimenter le système. Bref ! Je pense que les réseaux sociaux forment une bulle qui à l'image des start-up, finira par exploser. Les questions en suspens étant : Quand explosera-t-elle ? Et à qui cela profitera le plus ?

Quand ? Difficile à dire mais on peut constater qu'elle commence déjà à dégonfler. Quelques signes annonciateurs :

  • La qualité des sites en général se dégrade.
  • La quantité de communautés inactives croît.
  • Le spam se développe.
  • La fréquence des visites sur certains leaders comme Myspace régresse.

Après l'explosion il ne devrait subsister que ceux qui ont trouvé la bonne niche ou ont su enfuir leurs racines, bien profondément. A suivre.

A qui cela profite ? Comme je le disais tantôt, à ce stade il est impossible de déterminer combien de temps va durer l'état de grâce dont jouissent les réseaux sociaux. Ce qui est sûr c'est qu'ils drainent du monde et constituent un excellent levier pour celui qui saura les fédérer. Je m'explique : sur Internet vous avez communément deux mondes qui cohabitent :

  • Les terminaux : c'est ce avec quoi vous vous connectez à Internet (e.g. ordinateur, portable, pda ...). Dans ce monde la déesse s'appelle Microsoft.
  • Le contenu : c'est ce que vous recevez d'Internet (e.g. HTML, vidéo, music ...). Dans ce monde la déesse s'appelle Google.

En attendant Matrix et les hommes capables de naviguer sur Internet par la pensée, ces deux mondes sont contraints de cohabiter encore quelques années. Ceci dit la cohabitation des déesses n'est ni indispensable ni souhaitée par les intéressées. C'est pourquoi Google et Microsoft s'affronte régulièrement sur à peu près tout ce qui gravite autour d'Internet. L'idée c'est qu'au bout du bout du bout, il n'en reste qu'un. Ça me fait penser à Highlander tout ça !

Ce qu'il est intéressant de remarquer ici c'est que ces deux sociétés n'ont ni le même âge ni le même passé. Elles ont chacune une stratégie de conquête chevillée à l'esprit et forcément héritée de leurs histoires respectives. Avec tous les avantages et inconvénients que cela suppose :

Google se présente comme la start-up sympa qui veut notre bien à nous internautes et qui n'hésite pas à casser les codes pour tenir à jour cette idée dans nos esprits. Dans les grandes lignes : Google a été la première à appliquer des critères pertinents et objectifs pour trier ses résultats de recherche, avec Gmail google a rendu le webmail sexy et obèse, Google est en tête de la publicité ciblée et non-obstrusive ... Liste non exhaustive. Bref ! Vous l'avez compris quand google veut qu'elle que chose elle s'assure d'abord du soutien des utilisateurs et des développeurs puis impose à ses concurrents sa vision du système. Ce n'est pas de l'altruisme, google est une entreprise qui fait des bénéfices et cherche à en faire encore plus, simplement son positionnement est suffisamment singulier pour être signalé.

Microsoft est une entreprise qui a née et s'est construite indépendamment du boom d'Internet. Ceux qui connaissent son histoire savent qu'elle a rarement été novatrice. Quelques exemples : elle a racheté MS-DOS puis délesté IBM de son PC, elle a copiée l'interface graphique d'Apple, elle est arrivée sur le marché de la bureautique bien après les premiers logiciels de ce type ... Quoiqu'il en soit Microsoft est aujourd'hui la plus importante entreprise de services d'information et est la société qui a le plus œuvrée pour populariser l'informatique. Sa place n'est donc pas usurpée. Sur Internet Microsoft pratique le clanisme c'est-à-dire que ses partenaires lui offrent sans condition leurs approbations en échange Microsoft leur octroie des privilèges symboliques ou financiers (e.g. participation au capital, tarifs préférentiels sur des produits Microsoft ...).

Le dernier exemple de cette opposition de style c'est OpenSocial de google. Google est partie du constat assez simple qu'encore plus que le look et les personnes qui animent un réseau, se sont les fonctionnalités, dudit réseau qui font sa popularité. Le combat Myspace vs FaceBook en est la preuve. En effet, Myspace reçoit plus de visites et héberge plus de communautés que FaceBook et pourtant celui dont la croissance est la plus forte c'est FaceBook. Ceci simplement parce que FaceBook est extensible à volonté et selon le bon vouloir des développeurs qui exploitent ses API. Au final il est plus aisé d'avoir un FaceBook à son image qu'un Myspace à son image et ça change tout ! A ce stade de sa réflexion google ignore qui survivra à l'explosion de la bulle des réseaux sociaux. Suivant la même logique, il n'est pas trivial qu'une API Myspace Plateform suffirait à inverser la tendance. C'est pourquoi google a mis au point OpenSocial, une interface permettant la programmation d'applications compatibles avec plusieurs réseaux sociaux. Concrètement les développeurs vont pouvoir créer grâce à OpenSocial un module une fois et avoir la garantie que ce module sera compatible avec tous les réseaux sociaux qui adhère à OpenSocial. De plus google a eu la bonne idée de s'appuyer sur des standards de facto que sont JavaScript et HTML là où FaceBook impose d'apprendre un nouveau langage, fusse-t-il très simple. Côté consommateur social, nous avons l'assurance de retrouver nos modules favoris d'un réseau à l'autre. Bref ! Nous ne sommes plus captifs. Merci google même si je ne doute pas que cette initiative est loin d'être désintéressée et permet au contraire à google d'investir massivement un domaine duquel il n'était pas encore à la pointe. Côté réseaux sociaux, les échos semblent bons, puisque la liste des partenaires s'allonge un peu plus chaque jour : MySpace, Friendster, LinkedIn, Ning, Oracle, Orkut, Plaxo, Salesforce.com, Six Apart, Xing … Vous avez noté l'absence de FaceBook dans la liste ? J'y reviens plus loin.

Tout serait très simple si Microsoft n'avait pas senti qu'ici se jouait probablement un tournant dans la bataille pour le contrôle des réseaux sociaux. Je rappelle que Microsoft a son propre réseau social : Windows Live Spaces. Je pense que Microsoft savait que Google préparait une offre en direction des réseaux sociaux. Des informations filtraient d'un peu partout sur le sujet. C'est pourquoi Microsoft s'est alliée à FaceBook espérant ainsi gêner la déferlante google sur les réseaux sociaux. Tous les projecteurs sont désormais braqués sur FaceBook : En restant en marge d'OpenSocial et si ce dernier connaît le succès qu'on lui prédit, FaceBook fait implicitement une croix sur une partie de ses revenus publicitaires. D'un autre côté, en choisissant le giron de Microsoft et connaissant les moyens de cette dernière, FaceBook s'assure de survivre à l'explosion de la bulle des réseau sociaux. Affaire à suivre.

Le prix de la culture

2007-10-07 16:35:38, par Hyacinthe MENIET - [Général]

L'exception de la copie privée est une particularité du droit d'auteur français. Elle permet à chacun de reproduire et de partager, avec famille et amis, une œuvre de l'esprit qu'il l'ait acquise ou obtenue suite à une diffusion télévisuelle, par exemple. Telle qu'elle est formulée, l'exception de la copie privée constitue une disposition favorable aux consommateurs. C'est pourquoi à titre de réparation du manque à gagner, il a été instauré une redevance pour le droit à la copie privée. Redevance payée par les consommateurs et dont profitent les producteurs d'œuvre de l'esprit. Une question inhérente à toute compensation est « Où placer le curseur ? ». En effet, il faut veiller à dédommager convenable celui qui fournit le service sans voler celui qui l'utilise. C'est le principe du juste dédommagement. Dans le cas particulier de la copie privée, je suis favorable à son maintient mais force est de constater que la redevance qui lui est associée s'apparente depuis peu à une rançon aveugle qui participe plus au nantissement des fournisseurs d'oeuvres culturelles qu'à une juste compensation. C'est l'objet de ce billet.

Traditionnellement le paiement de la redevance pour la copie privée s'applique aux cassettes audio et aux cassettes VHS. Il a été étendu depuis peu aux supports amovibles (CDR, DVD+/-) et aux supports dédiés (baladeurs MP3). Cela avait déjà fait, à l'époque, l'objet de débats houleux sur Internet. C'est donc sur cet état des lieux que la commission sur la copie privée, dite commission d'Albis, du nom de son président Tristan d'Albis, statue depuis 2005. Concrètement la commission d'Albis était chargée de conclure sur le destin de la redevance telle qu'elle était imposée sur la vente des supports de stockage susmentionnés. Elle devait également se prononcer sur la pertinence et les contours d'une taxe sur d'autres supports d'enregistrement comme les clefs USB. Après deux ans de réflexion, la commission d'Albis a rendu son arbitrage cet été et a publiée, dans la foulée, le texte associé au journal officiel. Dans la pratique, depuis le premier octobre 2007, la redevance concerne également les disques durs externes, les cartes mémoires et les clefs USB.

Le calcul de la somme à prélever est assez complexe car il tente d'englober à la fois le contexte d'utilisation, la capacité du support et le type de mémoire. Quelques extraits de ce barème :

  • Pour les cartes mémoires la taxe s'élèvera jusqu'à près d'1 euro pour 16 Go.
  • Pour une clé USB de 1Go dont le prix est de 10 euros, il faut compter 22,5 centimes d'euros de redevance.
  • Pour un disque dur externe de 400 Go dont le prix est de 117 euros la redevance s'élève à 10,88 euros.

Les prix que j'indique sont hors taxes car la SACEM prélèvera la redevance avant la TVA. Dans la pratique cela signifie qu'au prix que vous obtiendrez via le barème précédent, il conviendra d'augmenter l'ensemble d'une TVA de 19,6 %. Au final le disque dur externe de 400 Go que je cite en exemple coûtera 153 euros. Notez enfin que la commission a déjà indiquée qu'elle suivra l'évolution des technologies, des matériels et des usages afin de procéder dès que nécessaire à des ajustements mais aussi dans le but d'intégrer de nouveaux supports. Citons parmi lesquels : le Blu ray, le HD DVD et les téléphones portables. Tout un programme !

La commission d'Albis a été créée pour être l'autorité représentative de toutes les parties concernées par la problématique « copie privée ». Cela inclus, les producteurs d'œuvres culturelles, les associations de consommateurs ainsi que les fabricants et revendeurs de supports de stockage numériques. Dans la mesure où comme je le disais tantôt, en matière de dédommagement, le nœud, c'est le curseur, j'étais assez satisfait du positionnement de ladite commission. Après quelque années, je m'aperçois que cette commission applique plutôt le dictat des mondes de la musique et audiovisuel, au détriment des intérêts des autres parties. Je m'explique : Il n'aura échappé à personne que la redevance pour le droit à la copie privée constitue un impôt très lucratif pour les producteurs d'œuvres culturelles sinon elle aurait déjà été supprimée. Et cela principalement parce que son mode de ponction assujetti même ceux qui ne partagent pas leurs copies privées. Le rêve de tout vendeur. Dixit les chiffres officiels, cette redevance rapporte plus de 200 millions d'euros chaque année dans sa version courante et pourrait dépasser les 300 millions avec les nouvelles entrées. Ces chiffres sont à associer aux 125 millions annuels que versent les télévisions aux associations de producteurs. Pour autant, cette taxe augmente le prix des produits taxés, ce qui a un impact déplaisant sur les bénéfices les revendeurs de supports numériques. En effet, passé un seuil de prix, de nombreux internautes se tournent vers des boutiques à l'étranger. C'est un phénomène constaté depuis l'extension de la taxe au CD/DVD et les messages sur les forums publics à la suite de ces nouvelles taxes sont sans équivoque sur la destination des flux financiers. Au milieu de ces deux intérêts industriels, il y a les consommateurs qui sont les seuls à payer réellement la taxe et dont le budget numérique pèse de plus en plus lourd.

De mon point de vue il est assez intéressant de constater que les CD/DVD existent respectivement depuis 25 et 17 ans mais que leurs taxations datent d'à peine 6 ans. Ce qui correspond aux premières offensives massives des industries musicale et audiovisuelle contre les pirates. De là à penser que cette taxe a été détournée de son but premier, mais constitue désormais un moyen pour les bénéficiaires de reconstruire leurs bénéfices face au piratage, il n'y a qu'un pas que je fais volontiers. Ensuite je m'interroge sur le message véhiculé par cette redevance. D'après elle seuls les producteurs de musiques et de films pâtiraient du piratage ou de la copie privée ? Et les producteurs de logiciels ? Ne devrait-t-on pas les dédommager eux aussi ? Plus généralement, vu que nous payons tous pour le piratage et la copie privée, ne devrions-nous pas pirater tout ce que nous pouvons et partager des copies « privées » de tout ce que nous avons de numérique ?

La réforme de la protection sociale

2007-09-15 19:37:58, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

En France, la protection sociale profite à la majorité de la population. « La sécu » comme on se plaît à l'appeler est un système solidaire, c'est-à-dire que chacun cotise selon ses revenus et il n'y a pas de malus pour les malades. Revenons sur les fondamentaux : on parle de solidarité quand une réunion ou association de personnes morales ou physiques, ayant des buts ou des intérêts communs s'oblige moralement à une assistance mutuelle : les uns pour les autres, et chacun pour tous. Cette logique de mutualisation des coûts, au sens large, est la base des protections sociales pratiquées dans de nombreux pays comme : les Etats-Unis, la France, la Suisse, le Canada et la Belgique. Ce qui varie d'un état à un autre c'est ce par quoi elle est financée et surtout le cercle de ceux qui en bénéficient.

François Fillon Ce n'est pas un secret, en France des branches de la sécurité sociale sont déficitaires. Le manque augmente d'environ 10 milliards d'euros chaque année. C'est cette situation qui explique pourquoi le premier ministre, François Fillon, a demandé au conseil économique et social (CES) de travailler sur une réforme du financement de la protection sociale. Je vais donc profiter de ce billet pour mettre en perspective les mesures d'urgence déjà proposées par le gouvernement et indiquer quelques pistes de réflexion.

Traditionnellement, il y a deux approches complémentaires pour équilibrer un compte :

  • Augmenter les recettes : Le gouvernement réfléchi à une TVA sociale. En début de semaine, Christine Lagarde, ministre de l'Économie, des Finances et de l'Emploi, et Eric Besson secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé de la Prospective et de l'évaluation des politiques publiques, ont remis chacun, au premier ministre, un rapport qui recommande la prudence vis-à-vis de cette mesure. A ce stade nul ne sait, si et quand cette taxe sera appliquée.
  • Réduire les dépenses : Le gouvernement a choisi les franchises médicales. L'idée derrière ce levier est de responsabiliser le patient en associant à chaque dépense de santé une somme qui restera à sa charge. Les franchises médicales figureront dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2008.

Si les axes désignés sont bons (e.g. agir à la fois sur ce qui entre et ce qui sort des comptes), le choix des outils me semble plus discutable. En effet :

La TVA sociale consiste à transférer une partie des cotisations sociales, à la charge des travailleurs vers les consommateurs. Concrètement, l'état allège le coût du travail pour les entreprises françaises, en contre partie il leurs demande de répercuter cette baisse dans le prix de vente de leurs produits. Puis l'état augmente la TVA afin de prélèver exactement ce qui a été cédé aux entreprises. Dans un monde idéal, ce transfert de source, n'entraîne aucune variation du prix final des produits français mais pénalise les produits importés. Et c'est ce surplus de taxe qui financera la protection sociale. Dans la pratique c'est moins évident, j'y reviens plus loin. Actuellement, le gouvernement manifeste beaucoup d'hésitations à s'engager sur cette voie. Et je le comprends. En effet, par définition une TVA est un impôt aveugle qui frappe tout le monde de manière uniforme et ne tient pas compte de la réalité sociale de ses sujets. De fait, « TVA sociale » est une oxymore. De plus, je trouve très courageuses les personnes qui soutiennent qu'une telle mesure n'entraînera pas de hausse des prix des produits français, juste parce que le gouvernement l'aura décidé. En France les prix sont libres et rien n'empêchera les entreprises de consolider leurs marges avant de répercuter la baisse. Tout cela devrait se traduire, in fine, par une augmentation générale du ticket à la caisse.

Au sujet des franchises médicales, commençons par la pratique : les comptes de la sécurité sociale servent à dédommager les victimes des turpitudes de la vie, parmi lesquelles maladie, accident, dépendance, chômage ... Dans la mesure où ni votre santé ni votre dignité n'ont de prix, vous comprenez aisément que les comptes de la sécurité sociale ne puissent s'équilibrer de manière analogue à ceux d'une épicerie. Dis autrement, toute la problématique face aux déficits, consiste à trouver une source volumineuse de financement pour satisfaire un besoin qui n'a pas de prix. Dans cette optique, les franchises ne suffiront pas car elles ne représenteraient que 850 millions d'euros par an. Un mot sur le principe pour finir : comme je le disais tantôt, la sécurité sociale est un système mutualiste qui ne punit pas les malades. En instaurant des franchises médicales, le gouvernement applique un malus aux patients, ce qui va à l'encontre de tout ce pourquoi la sécurité sociale a été créée. Au final les franchises médicales se présentent comme une mesure inefficace face aux enjeux et qui se situe aux antipodes de l'idée qu'on se fait de la sécurité sociale. Je ne suis pas persuadé que le jeu en valait la chandelle.

Quelques pistes de réflexion :

L'idée de TVA sociale a germée à partir d'un constat assez simple et déjà ancien : les dépenses de santé augmentent plus vite que les cotisations sociales (e.g. les salaires). Ceci à cause du vieillissement de la population, de la consommation excessive de médicaments et de la sophistication des actes médicaux. Ceux qui prônent la TVA sociale se trompent quand ils pensent que ce constat remet en cause le mode de financement de la protection sociale. En réalité, il se borne à indiquer qu'il faut augmenter le flux des entrées. J'y reviens plus tard le temps d'un autre constat simple : aujourd'hui le chômage touche 8% de la population active. Ce chiffre triple quand on restreint l'étude aux jeunes (ceux qui cotiseront le plus longtemps) aux personnes âgées et aux habitants des quartiers modestes (les deux catégories auxquelles la protection sociale bénéficie le plus). De mon point de vue, le noeud du problème n'est pas la méthode de cotisation mais la quantité de cotisants. Pour freiner le déficit de la sécurité sociale, il suffirait de réduire le taux de chômage dans ces trois catégories. Sans compter que cela améliorerait d'autres indicateurs comme la consommation, l'envie d'investir, les retraites ... Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la sécurité sociale telle que nous la connaissons propose une forme très concrète de solidarité entre les assurés. Ce mécanisme aussi beau soit il, ne fonctionnera que si la proportion des non contributeurs est très faible. Et ce n'est pas le cas aujourd'hui. En clair, même par pur égoïsme, nous avons tous intérêt à ce que chaque personne en capacité de travailler ait un emploi.

Je termine ce billet en mettant les pieds dans le plat. Dixit le gouvernement, les franchises médicales devraient rapporter 850 millions d'euros par an. A titre de comparaison, la loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat (TEPA) devrait nous coûter 10 à 15 milliards d'euros par an. D'où ma question : le gouvernement souhaite-t-il réellement résorber le déficit de la protection sociale ?

Plaisir de la musique sous haute surveillance

2007-08-23 17:23:49, par Hyacinthe MENIET - [Informatique]

Craig Barret (e.g. l'actuel président d'Intel) disait qu'« Internet sera à l'économie du 21è siècle ce que l'essence fut au 20è siècle » et je suis convaincu qu'il a raison. Je précise d'entrée que je m'intéresse à Internet le « moyen » par opposition à Internet le « but ». Je vais notamment parler de musique numérique. C'est-à-dire la musique téléchargée depuis Internet et consommée via des baladeurs mp3 et ogg.

Je pense qu'Internet représente une formidable opportunité pour les propriétaires des droits sur la musique. En effet, il permet d'augmenter la visibilité d'une oeuvre et indirectement celle de son auteur. Mécaniquement cela devrait produire plus de coup de cœur, voire d'achat. Problème : le piratage d'une œuvre est une fonction croissante de la convoitise qu'elle suscite et c'est ce qui explique la surprotection dont les œuvres digitales sont l'objet.

drmEn se lançant sur Internet, les maisons de disques ont pris soin de verrouiller leurs produits (via des DRM) et leurs profits. C'est ainsi que les propriétaires des droits sur la musique téléchargée perçoivent la majeure partie du prix du fichier (environ 65%), l'autre gros morceau va aux banques qui permettent les achats en ligne (environ 25% du prix). La part restante revient aux sites de diffusion de musique. Elle est réduite et couvre assez mal les frais de développement, de marketing et de fonctionnement de ces derniers.

Cette répartition des profits oblige les sites de musique en ligne à imaginer d'autres circuits de rentabilité. Par exemple, Apple via son iTunes Music Store valorise sont format propriétaire AAC et ses baladeurs iPod. Et ça marche. En France, ce sont les fournisseurs d'accès à Internet, Neuf Cegetel et Free qui font l'actualité récente.

Neuf propose deux offres de location de musique, exclusivement dédiées à ses abonnées et utilisateurs de Windows Média Player 10 :

  • L'une gratuite et limitée à 1 genre musical. Les genres musicaux disponibles étant : variété française, pop, rock, disco/funk, world, electro/dance, rap/R'n'B, jazz/blues et classique.
  • L'autre à 4,99 euros par mois, comprenant tout le catalogue Universal Music France.

La musique téléchargée ne sera transférable que sur des baladeurs compatibles avec les DRM Windows ce qui exclu le plus populaire d'entre eux : iPod. DRM oblige, l'abonné perdra toute sa musique le jour où il résiliera son abonnement chez Neuf ou s'il ne connecte ni son PC ni son lecteur numérique au minimum une fois par mois pour renouveler la licence associée aux fichiers audio. Pour plus d'information, visitez http://neufmusic.fr.

L'offre de Free s'articule autour d'un partenariat avec le site d'écoute à la demande http://deezer.com (ex Blogmusik). La consommation des morceaux y est gratuite et illimitée. Les morceaux sur deezer ne sont pas téléchargeables mais streamés, c'est-à-dire que vous devez être connecté à Internet pour les écouter. Contrairement à Neuf Cegetel, deezer n'utilise pas de DRM mais propose de la pub pour financer son service. De fait, la plateforme est exploitable sous Windows, Mac OS X et Linux. Notez enfin que http://deezer.com n'est pas réservée aux freenautes.

Personnellement je ne suis pas demandeur d'offres avec DRM car la musique n'est mienne que quand je la possède. Et les DRM me l'interdissent. De plus, même si elle est plus séduisante, l'offre de deezer ne me convainc pas totalement dans la mesure où je veux pouvoir écouter la musique que j'apprécie loin de mon PC et d'Internet.

Plus généralement, les mesures techniques de protection de logiciels ont toujours existées. Exemple sous Windows, de nombreux logiciels nécessitent une clé d'activation pour être fonctionnels. Windows lui-même est livré avec une batterie de protections, souvent inefficaces, mais c'est un autre débat. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les créateurs de logiciels ne sont pas candides. Depuis le temps qu'ils s'y essayent ils ont bien compris qu'il était techniquement impossible de protéger de manière absolue un logiciel. En fait, si vous ne souhaitez pas que votre logiciel soit piraté c'est simple : assurez-vous qu'il restera confidentiel et faites en sorte qu'il ne présente aucun intérêt. Le second étant une condition suffisante au premier. Bref, un protocole inacceptable pour quiconque souhaite gagner de l'argent. Non, la longévité des protections logicielles vient du fait que les personnes qui les commandent, espèrent qu'à défaut d'être efficaces elles allongeront le délai qui sépare la sortie d'un logiciel protégé de la disponibilité du crack qui va bien. A méditer.

Les protections logicielles appliquées aux fichiers musicaux souffrent des mêmes limites. Ces protections sont régulièrement cassées, pire, il est aujourd'hui possible de se procurer de la musique gratuitement sans DRM, via les réseaux P2P ou moyennant très peu d'argent sur des plateformes alternatives. In fine, les personnes qui endurent le plus ces protections, ce sont les honnêtes consommateurs et je me dis qu'il est temps de penser à eux.

Canal Plus attaque Free au sujet de TV Perso

2007-07-14 13:29:26, par Hyacinthe MENIET - [Général]

Le principe de présomption d'innocence dit que quiconque est innocent tant que sa culpabilité n'a pas été démontrée. Pour être factuel : si volez une orange dans un hypermarché vous avez peu de chance d'être inquiété sauf en cas de flagrant délit. Mais si vous filmez la scène et diffusez le film correspondant sur Internet, je vous suggère de commencer à préparer votre défense. Je suis favorable à ce principe qui rétabli un peu de justice en faveur de la défense. Néanmoins force est de reconnaître qu'il contient un je ne sais quoi de pas très lisse dans sa formulation. En effet, à aucun moment il n'essaye de moraliser celui ou celle qui serait tenté de commettre une infraction. Au contraire il lui suggère de faire les choses « bien », en camouflant au mieux son forfait. Quand on sait que c'est l'une des pierres angulaires du droit civil, ça laisse songeur. A méditer.

Free TV PersoJe parle de diffusion de délit sur Internet, car à la faveur d'une conférence qu'elle organisait le jeudi 28 juin dernier, Free a annoncé le lancement d'un nouveau service nommé « TV Perso ». Ce service se présente comme un concurrent de YouTube ou Dailymotion dans la mesure où il permet à chaque abonné qui satisfait aux contraintes techniques (dégroupage, FreeBox HD ...) de créer son serveur de streaming de vidéos personnelles. L'abonné fournisseur de contenu ayant la capacité de restreindre l'accès à ses vidéos à un groupe de freenautes. Les choses se compliquent quand dixit Canal Plus, certains freenautes utiliseraient ce dispositif pour diffuser des émissions du groupe susmentionné.

Effectivement, la réponse du groupe Canal Plus à « TV Perso » n'a pas tardée. C'est donc dans un communiqué daté du 12 juillet 2007 que Canal indique avoir mis en demeure Free et son service TV Perso dans le but, je cite :

de faire cesser ces agissements illégaux dans les plus brefs délais [...] A défaut de réponse satisfaisante de la part de l'opérateur, le groupe Canal+ sera contraint d'engager toute action, en particulier contentieuse, de nature à faire respecter ses droits.

Je ne me substituerai pas à la justice, mais dans mon esprit la démarche de Canal Plus est plus que bancale. Je pense que le groupe audiovisuel a le droit d'empêcher quiconque de profiter gratuitement d'un contenu qu'elle fait payer à d'autres. Sans être un ayatollah du verrouillage numérique, je me dis que ce n'est pas très fair-play vis-à-vis de ceux qui payent. Néanmoins je me demande en quoi Free peut être tenue pour coupable ? Pour moi (même si la jurisprudence semble me donner tort), Free se contente de fournir la boîte à outils. Dans cette optique, Free ne peut être reconnue comme responsable de l'usage auquel le destine les freenautes. De même que Renault n'est pas la source (d'un point de vue légal) des excès de vitesse et des accidents causés par ses clients.

Deux questions pour conclure :

Canal plus dispose très probablement des adresses IP des diffuseurs ainsi que des horaires et dates auxquelles ont été streamées les vidéos indélicates. Si on remonte la chaîne d'un cran, j'imagine que Canal Plus est capable de connaître l'identité des freenautes en question et même d'extraire de ces derniers ceux qui sont également abonnés Canal Plus. Dans cette configuration, pourquoi Canal Plus ne les attaque/contacte pas directement ?

Je reviens au principe de présomption d'innocence qui dit que la fraude est acceptée tant qu'elle n'est pas prouvée. Je me demande donc pourquoi les freenautes rattrapés par la patrouille n'ont pas restreint la diffusion des vidéos incriminées à leurs familles respectives ou à des cercles d'amis ? En effet, dans ce cas ils seraient protégés par l'exception dite de la copie privée.

Enseignements politiques

2007-06-25 07:20:58, par Hyacinthe MENIET - [Politique]

En instaurant un régime semi-présidentiel en 1958, le général de Gaulle voulait rééquilibrer les pouvoirs entre le parlement et le président. Un peu plus de pouvoir pour le président et vases communiquant obligent, un peu moins au parlement. Problème : les députés étaient élus de manière directe et le président, non. C'est donc pour résoudre ce conflit que le président est lui aussi désormais élu au suffrage universel. De facto, dans la V ème république, le président est au dessus des partis politiques et l'alter ego du parlement. Mon propos ici, n'est pas de contester la pertinence du modèle, je ne pense pas qu'une perfection soit atteignable dans le domaine. Je me propose de mettre en lumière des contradictions induites par la modernité et je pointe quelques chemins de réflexion. Vaste chantier.

Commençons par les institutions. "L'enfer est pavé de bonnes intentions" c'est la substance d'un proverbe populaire. J'essaye de montrer dans la suite comment l'adaptation nécessaire de nos institutions au tempo de la vie moderne a déséquilibré les pouvoirs.

  • Je n'y étais pas mais je suis convaincu que depuis sa création notre monde est en constante mutation. C'est vrai d'un point de vue climatique et c'est très palpable depuis quelques années économiquement parlant. Je pense à la mondialisation. Deux exemples : 1) Le prima du capital sur le travail qui fait pression à la baisse sur les salaires (c'est le problème du pouvoir d'achat). 2) Le G8 sans la Chine, l'Inde et le Brésil qui apparaît comme un club d'amis dont les décisions n'ont d'impact ni sur l'économie, ni sur l'écologie. Dans cette configuration le quinquennat est une bonne mesure car elle autorise un renouvellement plus soutenu de l'élite et on l'espère une meilleure réactivité face aux défis proposés.
  • Dans la même veine et pour autant que cela contrarie les velléités de cohabitation, je pense qu'on peut considérer le rapprochement des élections présidentielles et législatives comme une bonne intention. Le dommage collatéral c'est que ça préempte l'élection du président par rapport à celle des députés. C'est-à-dire que les députés savent qu'ils doivent leurs sièges au président. De fait, la tentation est grande pour le président d'instrumentaliser sa majorité. Affaire à suivre, ce n'est pas l'objet du présent billet.

Personnellement je n'ai rien contre un président influant et remplaçable plus souvent, bien au contraire. Beaucoup de pays fonctionnent ainsi (Angleterre, Allemagne, Etats-Unis …) même si les titres changent. Et c'est efficace. Je me pose simplement deux questions :

1) Pour moi le parlement est le poumon de la démocratie il doit se positionner comme l'alter ego du président à défaut d'être un contre-pouvoir. Le risque qu'il devienne un outil d'exercice du pouvoir de ce dernier pose le problème du mode de scrutin. En effet, les députés sont élus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, ce scrutin à la particularité d'accentuer la majorité et de sanctionner les minorités. Je me demande si ce mode de scrutin est toujours adapté dans la mesure où on sait que l'élection législative confirmera l'élection présidentielle ? Le temps est peut-être venu d'accepter une moitié de proportionnelle, comme en Allemagne ?

2) C'est le président Nicolas Sarkozy qui a choisi les ministres (comme un premier ministre), c'est le président qui rythme la vie politique, c'est le président qui dans quelques mois pourra s'exprimer régulièrement devant les députés (comme un premier ministre). Bref ! Avec un président plus puissant donc plus responsable et actif, je m'interroge sincèrement sur l'intérêt d'un premier ministre ?

Terminons par le poids des partis politiques et de la presse. "La rencontre d'un Homme et d'un peuple" c'est en substance un souhait qu'on prête au général de Gaulle qui a voulu l'élection au suffrage universel du président de la république. Force est de constater que depuis lui cette assertion ne s'est jamais plus vérifiée. En effet, d'une part, plus que jamais l'élection présidentielle consacre un parti via un Homme et d'autre part entre l'Homme et le peuple il y a les médias qui ne sont pas tous transparents.

Je ne vais pas, ici, abonder dans le discours du tous corrompus qui favoriseraient un camp plus que l'autre. En parlant de la presse. Tout simplement parce que c'est faux, les journalistes sont des citoyens comme les autres et à ce titre il y en a pour tous les goûts. Faux débat, pour moi. Ceci dit, je sais que comme tous les marchands, une rédaction ne vit ni d'amour, ni d'eau fraîche. Elle a besoin de vendre. Dans son cas ce sont des images, du texte et de l'exclusivité. C'est pourquoi elle adapte et sélectionne ce qu'elle présente pour que ça cadre avec ce qu'elle croit devoir servir à ses clients. Je ne suis pas entrain de remettre en cause l'éthique des journalistes mais je m'interroge légitimement sur les vertus d'une information qui nous parvient après des couches d'interprétations ?

Pour conclure je remarque que pour aussi judicieux qu'aient été les choix fait en 1958 d'une part et pour aussi pertinents qu'aient été les changements apportés à la constitution d'autre part, nous ne sommes qu'au milieu du gué. Je veux dire par là que le système actuel est incomplet. Il fonctionne dans la majorité des cas mais montre des signes d'essoufflements dès qu'on augmente les cadences. Je me dis qu'il serait prudent d'injecter un peu de lubrifiant dans les rouages de la politique, ceci afin de fluidifier les mécanismes et d'éviter l'embolie.

Apple futur Microsoft ?

2007-06-10 16:17:08, par Hyacinthe MENIET - [Informatique]

Lao-Tseu disait « Qui domine les autres est fort. Qui se domine est puissant. » . Je soupçonne les dirigeants d'Apple d'être des adeptes de cette maxime ou pour le moins cela expliquerait la maestria dont ils font preuve dans deux domaines : « la gestion de la rumeur » et « l'usage des technologies des autres ». Petite précision, ceci n'est pas un billet à charge contre Apple (ou Microsoft au demeurant). J'ai simplement été amusé de constater qu'après avoir été singée technologiquement par Microsoft, Apple à son tour singe commercialement Microsoft. Question en suspend : copier sur le copieur n'est-ce pas une copie de trop ?

Si on considère l'histoire récente d'Apple, je parle du début de l'ère Mac OS X à nos jours, soit environ 7 ans. On retrouve invariablement sur la plupart des annonces importantes, ces deux lignes de forces, cette dualité entre « la gestion de la rumeur » et « l'usage des logiciels open source ». C'était vrai pour le noyau XNU basé sur le micronoyau Mach et 4.4 BSD, c'était vrai pour le portage de Mac OS X sur Intel facilité par le travail effectué dans Darwin, c'était vrai pour le X11 natif de Mac OS X basé sur XFree86, c'était vrai pour Webkit basé sur KHTML de KDE … liste non exhaustive.

Le dernier exemple en date : l'intégration de ZFS (Zettabyte File System) dans Mac OS X 10.5, alias Leopard, comme système de fichier par défaut, perpétue cette tradition :

  • Ce fut une rumeur qui a parcouru les cercles des initiés pendant un an et qui a été confirmée très récemment.
  • ZFS est un système de fichier open source développé par Sun Microsystems et disponible sous licence CDDL (Common Development and Distribution License).

D'un point de vue purement financier, la stratégie « Fort à l'extérieur et encore plus fort à l'intérieur » de Lao-Tseu a fait ses preuves. Le meilleur exemple de réussite justifiée par cet aphorisme est Microsoft. Microsoft a clairement construit sa stature grâce au PC d'IBM, au DOS d'un développeur indépendant et à l'interface graphique d'Apple. Mais contrairement à ceux chez qui elle se servait, Microsoft a verrouillé ses logiciels (Microsoft Windows, Microsoft Office, Microsoft Internet Explorer …) afin que personne ne puisse les vampiriser.

Partant de là, Apple a raison de s'engager dans cette voie et ses bons résultats économiques actuels ne sont pas anodins. Au passage, le manque d'échanges bilatéraux équilibrés avec la communauté open source a des dommages collatéraux : Open-Darwin qui aurait pu être le Mac OS X open source est mort, Yellow dog Linux la distribution linux pour machine PPC se cherche des ordinateurs cibles, les développeurs de KHTML passent pour des débutants incapables d'intégrer à Konqueror les fonctionnalités de Webkit ... Et tout ça c'est bon pour le business immédiat. A long terme je suis plus sceptique.

Ma vision est la suivante, jusqu'à présent dans l'univers impitoyable des ordinateurs personnels le logiciel a toujours prévalu sur le matériel. Comprendre qu'on achète une machine principalement pour ce qu'on peut y faire (e.g. le système d'exploitation et les logiciels associés) puis pour son plastique. Si vous ajoutez à cela le fait que produire du matériel coûte plus cher et dégage moins de marges que produire du logiciel. Vous comprenez pourquoi Microsoft est plus rentable que Nvidia.

Malheureusement avec l'augmentation des débits, la vulgarisation d'Internet et l'explosion d'applications riches accessibles depuis le navigateur, les choses changent. La tentation de réduire l'ordinateur personnel à l'état de connecteur à Internet va crescendo. Cette mutation si elle s'opère va bouleverser l'équilibre matériel-logiciel. Assurément la compétition sur PC ne consistera plus à produire le meilleur système d'exploitation mais à produire le meilleur terminal Internet matériellement parlant, s'entend. Toute la concurrence logicielle étant déplacée sur Internet. Problème pour Apple : sur Internet c'est google qui est en position de force. Il y possède le principal moteur de recherche, une suite bureautique, un courriel, un logiciel de chat … Cerise sur le gâteau, google y applique déjà le principe de Lao-Tseu. La boucle est bouclée.