La saga de Google en Chine

La saga de Google en Chine

Le marché de l'Internet chinois a au minimum deux particularités qui mobilisent l'intérêt de Google. En premier, il se compose d'environ 100 millions de personnes ce qui en fait le deuxième marché au monde, juste derrière les Etats-Unis. Ensuite, sur ce marché, Google n'effectue « que » 27% des recherches contre 46.5% pour www.baidu.com , le leader sur ce segment. Pour s'imposer sur ce marché juteux, Google fait preuve de beaucoup de bonnes volontés. Premièrement, en Chine Google change de nom. En effet, son nom, traduit en mandarin, signifierait « vieux chien ». Si « chien » cadre bien avec la stratégie agressive de Google, je suis un peu plus réservé sur « vieux », Google est du même avis, ça tombe bien. A la place Google annonce « Gu Ge » pas très éloigné phonétiquement et qui signifierait « chanson de la vallée » ou « chanson des récoltes ». D'un point de vue purement marketing c'est mieux. Cependant l'habit ne fait pas le moine, c'est pourquoi Google a récemment lancé la version sinisée de son moteur de recherche, à savoir google.cn qui applique les restrictions du régime communiste et bloque l'accès à certains contenus aux internautes chinois.

Je peux comprendre les rouages économiques qui poussent le leader des moteurs de recherche à se plier ainsi aux exigences d'un gouvernement. En effet, Google sait bien qu'il ne s'imposera pas s'il ne s'aligne pas comme Yahoo! et MSN Search l'ont fait avant lui. Néanmoins je m'interroge sur les répercussions de ce filtrage en Chine en particulier et sur le pouvoir que nous utilisateurs donnons à Google en faisant de lui notre principale porte d'entrée sur Internet, en général. Il faut par exemple savoir que la requête « tibet » est censurée en Chine. Le gouvernement Chinois ne reconnaît pas les Tibétains en tant que peuple, il censure donc tous les documents qui iraient dans ce sens.

L'information contenue dans les bases de Google est in fine sa propriété, c'est donc lui qui décide du prisme sous lequel il nous la présente. Lorsque ce dernier est inféodé à un parti politique ou à un gouvernement, il ne propose que les articles conformes à la doctrine de ce parti ou de ce gouvernement. Si Google l'accepte pour la Chine, je ne serai pas surpris qu'il l'accepte pour les Etats-Unis ou la France, par exemple. Mon avis sur la question est qu'Internet est une immense source d'information dont les moteurs de recherche sont les portes d'entrée. Cela ne doit pas nous empêcher d'avoir du recul sur l'information qu'ils nous donnent. Je pense qu'il faut prendre la peine d'en utiliser régulièrement plusieurs et pas uniquement les plus connus. Mais surtout ne pas hésiter à confronter leurs résultats, surprises garanties !

2 commentaires

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    Sacha a dit:

    18 avril 2006

    C'est très inquétant. Mais d'un autre côté, si Google a des serveurs en Chine, il se voit obligé d'obéir le gouvernement chinois.

    Je me rappelle d'une histoire un peu similaire avec le gouvernement des États-Unis, qui demandait à Google la liste de tous les sites Web pédophiles... À ce qu'il paraît, Google n'a pas obéi.

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    Hyacinthe a dit:

    18 avril 2006

    Salut Sacha,

    Oui, c'est exact, google avait refusé et c'était tout à son honneur. Par contre, au début de la guerre en Irak, les principaux résultats de "iraq war" renvoyaient vers des sites plutôt pro US, pure coïncidence ou manipulation ? Pour la France je n'ai pas d'élément.

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